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Maryland, United States of America
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Dans les provinces, la CVR n'attire pas les foules

Published on : 3 March 2008 - 1:00am | By International Justice Tribune
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Après près de trois semaines d'audiences publiques à Monrovia devant quelques centaines de personnes, la Commission vérité et réconciliation (CVR) au Libéria s'est déplacée dans les comtés de Maryland et de Grand Kru. Mais si les commissaires estimaient la fréquentation dans la capitale encourageante, ils ont eu la surprise de ne voir que quelques dizaines de personnes venir écouter les victimes témoigner sur quatorze ans d'horreurs. Commissaires et employés de la CVR arrivent à Harper, à quelque 560 kilomètres de Monrovia, dans le comté de Maryland, le 11 février 2008, jour célébrant les forces armées au Libéria. De nombreux habitants se précipitent pour essayer d'apercevoir la délégation. Mais peu semblent savoir ce dont il s'agit. Les gens paraissent davantage converger pour voir un groupe d'étrangers venus de Monrovia mener quelque mission dans leur comté. Jerry Jarwee, 21 ans, regarde avec perplexité les délégués de la CVR, dont son président Jerome Verdier et les huit autres commissaires. "Je ne sais pas pourquoi ces gens sont ici. Peut-être sont-ils des membres du gouvernement ?", répond-il. Selon les habitants de Harper, il n'y a pas eu beaucoup de publicité sur la CVR. La plupart disent en avoir entendu parler par ouï-dire. Massa Washington, commissaire chargée des médias et de la sensibilisation, affirme cependant qu'il y a eu suffisamment d'information. "Les organisations de la société civile ont été impliquées dans le processus et des groupes de théâtre ont fait de la sensibilisation bien avant que nous arrivions", dit-elle.

Le lieu des audiences, le bâtiment administratif de la mairie, a apparemment été aménagé à la hâte. Le début des audiences est repoussé au lendemain car les tables et les chaises manquent. Une centaine de personnes viennent le premier jour assister au témoignage de trois victimes. Parmi elles, Oretha Karnley, 39 ans, fragilise encore plus la position du sénateur Prince Y. Johnson, dirigeant de l'ancien Front patriotique national indépendant du Libéria (INPFL), une faction dissidente du NPFL de Charles Taylor, qui refuse de témoigner car personne ne l'accuse. "Cet homme, ce Prince Johnson qui se fait appeler Révérend à Monrovia, ce mauvais homme a tué mon bébé parce que son père était un Khran", déclare Oretha, des sanglots dans la voix. Manifestement secoué, le président Verdier essaye de consoler le témoin. Prince Johnson n'a pas encore commenté l'allégation contre lui. Mais Sarah Bartee n'est pas sûre de comprendre : "Nous pensions que, une fois que les gens ont fini de dire ce que les gens ont fait de mal, les individus seraient arrêtés et emprisonnés. Je croyais que c'était une cour, mais le grand monsieur de la CVR *Verdier+ a dit que c'était pour la réconciliation."

Dès le vendredi 15, la participation chute et seules quelques dizaines de personnes sont présentes. Après quatre jours d'audience à Harper, la CVR se rend pour une semaine dans le Grand Kru. Là, rien de très différent. Les commissaires arrivent à Barclayville le 17 février et les audiences commencent le lendemain, à l'école secondaire centrale. Un groupe de femmes sous la bannière des Femmes de Grand Kru appelle à la mise en place d'un tribunal. Présentant leur pétition à la Commission, le 19 février, leur porte-parole Annie Wreh précise que le groupe veut l'équivalent du Tribunal spécial pour la Sierra Leone et non seulement une CVR ne punissant pas les "hommes du mal". "Nous ferons suivre vos préoccupations au gouvernement du Libéria, répond le président Verdier, mais je peux vous assurer que la CVR est la meilleure option pour la paix, l'unité et la réconciliation au Libéria. Nous avons le mandat de recommander des poursuites contre ceux qui ont commis des crimes contre l'humanité."

À Harper et à Barclayville, les sentiments sont donc mélangés. Quee Japloe, qui enseigne l'histoire à Barclayville, dit que la CVR est "une perte de temps ; ces gens ont tué nos gens et la CVR attend de nous que nous les écoutions nous dire comment ils ont tué avant de les laisser partir, comme ça". D'autres, comme ce vieil homme, Barwon Blee, soutiennent le processus : "Nous devons soutenir la CVR pour être à nouveau unis", dit-il.

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