Il y avait tellement de monde que le jeune Noir Dan Plato n’a pas su rendre, en février 1990, sur la place où Nelson Mandela a tenu son premier discours après 27 ans d’incarcération. L’Afrique du Sud est encore loin d’être parfaite, mais Dan Plato est entre-temps devenu maire du Cap.
Dorothy Williams, une commerçante de 62 ans, s’en souvient encore très bien. Sur la place où elle vend aujourd’hui sur son étal des plantes médicinales, elle vit il y a 20 ans Nelson Mandela en chair et en os pour la première fois de sa vie :
J’étais debout sur une poubelle pour essayer de le voir. Au bout de 27 ans, on avait à nouveau de l’espoir pour l’avenir.
Le 11 février, Nelson Mandela quittait la prison, accompagné de sa femme d’alors, Winnie. Peu après il tenait son premier discours, sur le balcon de l’Hôtel de Ville du Cap, et remerciait 50.000 sympathisants pour leur soutien.
Sentiments mitigés
Je n’arrivais pas à bien entendre le discours, dit Craig Hepburn, un Sud-Africain de 47 ans. Mais ce n’était pas ça qui comptait. On voulait surtout le voir. En tant que Blanc, il a vécu ce moment différemment que Dorothy Williams, qui est noire : La tension était grande. L’apartheid avait suscité une énorme colère. Moi-même, j’avais des sentiments mitigés : j’avais peur que sa libération n’entraîne une guerre civile. Mais Mandela a dit : Construisons ensemble ce pays.
Durant sa captivité, Nelson Mandela était l’un des prisonniers les plus célèbres de la planète. Le 12 juin 1964, il avait été condamné notamment pour sabotage et organisation d’une révolution violente. Il passa la plus grande partie de sa captivité sur l’île Robben, au large du Cap.
Discours historique
Sa libération est annoncée le 2 février 1990 par le président F.W. de Klerk. Dans un discours historique devant le Parlement, Frederik de Klerk lève l’interdiction qui frappe le Congrès National Africain (ANC) et autres "mouvements révolutionnaires" et annonce la libération de tous les prisonniers politiques. Y compris celle de Nelson Mandela.
De Klerk est convaincu, à l’époque, qu’il n’existe aucune autre issue. Les sanctions ont isolé l’Afrique du Sud et avec la fin de la Guerre froide le gouvernement du Parti national n’obtient plus de soutien dans sa lutte contre les "communistes" de l’ANC. De plus, il se dit que l’ANC s’est affaibli étant donné qu’il n’obtient plus aucune aide de l’Union soviétique.
Lunettes oubliées
Neuf jours après le discours de De Klerk, Nelson Mandela est libéré. Il se fait longtemps attendre, ce jour-là, sur la place où l’attendent Dorothy Williams et Craig Hepburn. Quelques sympathisants pillent des magasins et se heurtent à la police. Mais en début de soirée tout le monde a son regard dirigé vers le balcon où apparaît Nelson Mandela. Il doit emprunter les lunettes de sa femme pour pouvoir lire son discours : il a oublié ses propres lunettes en prison.
Amandla
Aujourd'hui, une majorité de Sud-Africains, noirs et blancs, reconnaît que l'apartheid n'a pas d'avenir, déclare Nelson Mandela. Notre marche vers la liberté ne peut plus être arrêtée.
C’était ça qui comptait : On était libre et on pouvait aller là où on voulait, dit Dorothy Williams. Quand Mandela a lancé son "Amandla", je me suis mise à pleurer.
Pourtant, la démocratie s’est fait attendre encore quelques années en Afrique du Sud, poursuit Dorothy Williams. Et aujourd’hui, 20 ans plus tard, la situation est loin d’être parfaite. Parfois on dirait que les dirigeants actuels ont oublié qui sont ceux qui ont combattu pour eux. Nous, les travailleurs. Je ne gagne pas beaucoup et il y a beaucoup de chômage et de criminalité dans le pays.
A l’issue d’une longue période de transition comprenant des négociations entre le régime d’apartheid et l’ANC et la rédaction d’une nouvelle constitution, Nelson Mandela est élu président quatre ans après sa libération durant les premières élections libres en Afrique du Sud. Peu avant, il a reçu avec Frederik de Klerk le prix Nobel pour la paix.
Paroles conciliatrices
Dan Plato, l’actuel maire du Cap, regarde à travers la fenêtre de son bureau. L’actuelle mairie se trouve juste en face de l’ancienne mairie où Neslon Mandela a tenu son discours. Devant la marée de gens, il n’avait pu alors se rendre sur la place : J’aurais jamais cru alors que je serais un jour ici en tant que maire. A l’époque j’était un militant politique.
Mais après la libération de Nelson Mandela, un nouvel avenir s’ouvrait à Dan Plato : Je me souviens surtout, dans son discours, de ses paroles conciliatrices et de sa volonté de travailler tous ensemble à un meilleur avenir. Pour moi, en tant que maire de cette ville pleine de défis, c’est toujours important.















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