L'Ukraine a annulé mardi un sommet prévu cette semaine à Yalta (sud) et boycotté par des présidents européens indignés par le sort de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko, qui a fait savoir peu après qu'elle cesserait la grève de la faim qu'elle observe depuis le 20 avril.
Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch devait accueillir une douzaine de ses homologues à la station balnéaire de Yalta, mais presque tous ont renoncé à participer au sommet, plusieurs évoquant directement l'affaire Timochenko.
Face à cet isolement sans précédent, le ministère ukrainien des Affaires étrangères a fini par annoncer l'annulation de l'évènement.
"L'Ukraine juge raisonnable de repousser à plus tard le sommet des chefs d'Etat d'Europe centrale et de ne pas l'organiser les 11 et 12 mai à Yalta, les présidents de plusieurs pays européens ne pouvant pas y participer", a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.
Après cette annonce, la fille de Ioulia Timochenko a indiqué que sa mère allait cesser mercredi la grève de la faim qu'elle observe en prison à Kharkiv (est) pour protester contre des violences dont elle dit avoir été victime en détention.
Le médecin de la clinique berlinoise de la Charité Lutz Harms, venu en Ukraine pour soigner l'ex-Première ministre, "va aider maman à cesser sa grève de la faim à partir de demain", a déclaré à la presse sa fille Evguenia, après lui avoir rendu visite.
Cette procédure prendra "une dizaine de jours, voire jusqu'à deux semaines" après quoi le programme de traitement de l'opposante, 51 ans, qui souffre de plusieurs hernies discales, va pouvoir commencer, a-t-elle ajouté.
Mme Timochenko, qui se méfie des médecins ukrainiens, a accepté d'être placée mercredi dans un hôpital public de Kharkiv à condition d'être soignée par ce médecin allemand qui se trouvera en permanence à ses côtés, a précisé sa fille.
Alors que l'hospitalisation de Mme Timochenko initialement attendue mardi a été repoussée à sa demande, un autre député du parti présidentiel a interprété cette décision comme preuve de simulation de sa maladie.
"Cela prouve une nouvelle fois qu'elle simule sa maladie" et cherche à "faire traîner son (nouveau) procès" pour détournement de fonds et fraude fiscale, suspendu au 21 mai en raison de son état de santé, a estimé ce député, Vladislav Zabarski, cité par un communiqué du Parti des régions.
Malgré les démentis de Kiev, ces accusations ont provoqué un tollé au sein de l'Union européenne, qui réclame depuis des mois au président Ianoukovitch la libération de l'opposante.
Egérie de la révolution Orange en Ukraine en 2004, Ioulia Timochenko est incarcérée depuis août 2011 et a été condamnée en octobre à sept ans de prison pour abus de pouvoir. L'opposante a toujours dénoncé ce procès comme une vengeance personnelle de M. Ianoukovitch, élu président en 2010.
La Commission européenne a par ailleurs annoncé qu'aucun commissaire ne se rendrait en Ukraine pour l'Euro-2012 de football, co-organisé du 8 juin au 1er juillet par cette ancienne république soviétique et la Pologne voisine, et plusieurs pays européens ont menacé de faire de même.
Ni M. Ianoukovitch ni son administration ne se sont exprimés mardi sur la décision d'annuler le sommet mais le parti présidentiel a cherché à minimiser son impact.
"L'Ukraine a bien fait d'annuler ce sommet que l'Europe nous a d'abord imposé, puis a décidé de boycotter", a déclaré le Parti des régions dans un communiqué citant un député selon lequel l'idée d'organiser cette réunion avait été suggérée par les Européens.
En annulant cette réunion, Kiev "ne fera qu'économiser les fonds budgétaires" prévus à cette fin, a estimé le député, Vadim Kolesnitchenko, cité dans le communiqué.
© ANP/AFP













