"J’ai été tabassée, ma maison a été incendiée et mes deux filles ont été violées par des partisans de Mugabe durant les dernières élections et rien n’a été entrepris contre eux".
Nkosana Dlamini, Harare, Zimbabwe
Maidei Madombwe, une veuve de 48 ans de la province politiquement agitée de Mashonaland, fait partie de ces millions de Zimbabwéens qui sont las des élections et qui gardent de profonds souvenirs des violentes élections du passé.
Répit
Le président Robert Mugabe, 87 ans, a annoncé des élections d’ici la fin de l’année.
Mais bien des Zimbabwéens sont convaincus que de nouvelles élections, avec lui comme candidat, entraîneront un regain de violences politiques de la part de ses sympathisants : maisons incendiées, disparitions forcées, arrestations arbitraires d’opposants politiques, villageois forcés de torturés et camps d’endoctrinement.
Depuis 2000, le Zimbabwe a connu quatre élections nationales presque tous les deux ou trois ans et à chaque fois elles ont connu des violences. C’est pourquoi les Zimbabwéens estiment qu’ils ont besoin de répit.
Consensus
Cependant le parti de Robert Mugabe estime que ses différends avec ses partenaires de la coalition gouvernementale ne peuvent se poursuivre et s’est juré d’organiser des élections cette année, avec ou sans les deux factions du MDC dans l’actuel gouvernement.
"Les élections sont pour cette année et les réformes ne sont pas fondamentales", déclarait récemment Rugare Gumbo, un porte-parole du parti.
Mais selon le Premier ministre Morgan Tsvangirai, du MDC, un partenaire à parts égales dans la coalition gouvernementale, Robert Mugabe ne peut à lui seul décider des élections.
"Aucun parti politique n’a l’autorité de prescrire unilatéralement des élections sans le consensus national et celui de la Communauté pour le Développement de l'Afrique Australe (SADC)", déclarait un porte-parole du MDC, Douglas Mwonzora.
Etat fragile
L’accord à la base de l’actuel gouvernement d’union nationale au Zimbabwe ne précise pas la date de la tenue d’élections mais considère la rédaction d’une nouvelle Constitution comme un élément clé.
Le MDC veut des élections après de profondes réformes démocratiques comme prévu dans l’accord du gouvernement d’union nationale.
Parmi les principales réformes à introduire figurent le secteur sécuritaire, le système électoral, la réglementation de l’audiovisuel privé et la fin de l’intimidation politique.
Les groupes de la société civile ont intensifié leurs appels à Robert Mugabe d’abandonner son idée d’organiser un scrutin, soulignant que le climat politique au Zimbabwe n’est pas encore mûr pour permettre des résultats crédibles.
"Le Zimbabwe est un Etat fragile ; la planification des élections doit être sérieusement réfléchie", cite un document distribué la semaine passée au sommet régional de Windhoek, traitant des troubles politiques du Zimbabwe. Le MDC affirme que plus de 200 de ses partisans ont été tués lors des violences électorales de 2008, qui ont également provoqué le déplacement de 3000 personnes.
Inquiétudes
Les analystes politiques sont d’avis que Mugabe souhaite organiser des élections pour remporter de justesse une victoire et transférer le pouvoir à un jeune successeur qui ne le poursuivra pas pour ses crimes, ni sa famille.
Le professeur de sciences politiques de l’Université du Zimbabwe John Makumbe affirme que l’agitation de Mugabe est due à des inquiétudes quant à son âge et son faible état de santé. "Ils (le parti de Mugabe) se demandent s’il sera en état de faire campagne, à cause de son âge et de son état de santé, donc ils veulent accélérer les élections avant qu’il ne soit trop tard," dit-il.
Mugabe, qui autrefois accusait des confrères dirigeants africains d’être de pires dictateurs, semble être maintenant au pied du mur.
Ses pairs régionaux, longuement critiqués pour leur attitude clémente envers lui, ont dénoncé ses tentatives de forcer une élection précoce suivant une feuille de route détaillée.














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