Un débat s’est ouvert aux Pays-Bas sur l’influence qu’ont eue Geert Wilders et son Parti pour la liberté PVV sur Anders Breivik, l’auteur du carnage qui a eu lieu vendredi dernier en Norvège. Dans son manifeste, Anders Breivik fait pas moins de trente fois l’éloge du politicien islamophobe. Les partis politiques néerlandais font preuve d’une grande réserve actuellement. Est-ce par crainte d’une bipolarisation ? Veulent-ils être politiquement corrects ?
Depuis le carnage qui a eu lieu vendredi dernier en Norvège, les hommes politiques néerlandais semblent surtout vouloir protéger Geert Wilders, le dirigeant du parti populiste et islamophobe PVV. Pour Boris van der Ham, du parti libéral de centre-gauche D66, il s’agit d’un "réflexe stupide" d’établir un lien entre Wilders et le bain de sang. De son côté, Emile Roemer, du parti socialiste SP, estime qu’il est déraisonnable de montrer du doigt Geert Wilders. "Car si demain quelqu’un commet un crime en utilisant mes paroles, serai-je alors également responsable ?", demande Emile Roemer.
L’historien Dirk-Jan van Baar, l’un des faiseurs d’opinions qui se sont lancés dans le débat, a une réponse : "Je dirai que Wilders n’est pas coupable au sens juridique du terme. Mais en tant que politicien il sait évidemment très bien qu’il existe une sorte de responsabilité politique. Et il aurait sans aucun doute cité cette responsabilité politique si l’auteur du carnage avait été issu de la communauté musulmane."
Discours de haine
Le moins qu’on puisse dire, c’est que Geert Wilders ne s’est pas privé de commentaire, ces dernières années, lorsqu’il s’agissait d’imams tenant des discours de haine ou de leur influence sur les terroristes musulmans. De même, en ce qui concerne les sociaux-démocrates norvégiens, qui viennent d’être si lourdement touchés, Wilders s’en est pris régulièrement à eux.
Lors d’un discours prononcé en mars dernier à Rome, le chef du PVV accusait les multiculturalistes de gauche de se réjouir de la création de tribunaux observant la charia et de la construction de mosquées. Et il prédisait également la fin de l’Europe, et ce parce qu’elle a la bêtise de croire que toutes les cultures sont égales et qu’il n’y a donc aucune raison de se battre pour sa propre culture. Et le 1er mai dernier, il envoyait un tweet au chef du parti travailliste PvdA, Job Cohen, avec le texte suivant : "Toutes mes félicitations, Job, à l’occasion du 65ème anniversaire du Parti des Arabes. Vous avez donné aux Pays-Bas une immigration de masse et importé bien des criminels et des gens voués à l’échec."
"Répugnant"
C’est ce genre de textes, ainsi que le révèle son manifeste, dont s’inspirait Anders Breivik. Dans un communiqué de presse, Geert Wilders faisait savoir que les actes de Breivik le répugnaient : "Il est répugnant et c’est également un camouflet pour le mouvement anti-islamique à travers le monde de voir un psychopathe abuser de la lutte contre l’islamisation en utilisant la violence", affirme le chef du PVV dans son communiqué.
Le chef du parti travailliste salue ce communiqué de Wilders, mais a également un autre message : "Wilders s’est évidemment distancié, mais il est bon – et cela vaut pour tous les hommes politiques, y compris Wilders – de bien se rendre compte que les paroles ont une influence. Qu’elles jouent un rôle de diverses manières. Et qu’elles peuvent parvenir aux oreilles de quelqu’un comme ce monsieur. Wilders ne peut être tenu responsable de quelle que façon que ce soit, mais l’auteur du carnage en Norvège se réfère au genre de pensées auquel Wilders se réfère également."
Message
Le chef du PvdA, Job Cohen, semble ainsi lancer un débat sur la question. Son message : modérez vos propos. Selon le député du parti libéral de centre-gauche D66, un débat ne ferait actuellement que bipolariser la situation. Il estime que les hommes politiques néerlandais n’ont pas abordé le thème avec circonspection, mais seulement de façon politiquement correcte.
L’historien Dirk-Jan van Baar n’est pas étonné, quant à lui, de la réserve observée à La Haye : "C’est aussi typiquement néerlandais et qui sait ? aussi politiquement correct. Et cette correction politique constitue maintenant, dans un certain sens, une protection pour le PVV, ce qui est l’un des aspects ironiques de la situation. Nous savons tous que ce genre de déclarations ont, au bout d’un certain temps, un écho. Il n’y a qu’à se rappeler les débats après l’assassinat de Pim Fortuyn (homme politique néerlandais – ndlr) et de Theo van Gogh (cinéaste néerlandais – ndlr) pour comprendre que les choses n’en finissent pas là.
Quant à Wilders même, il rejette tout lien entre sa pensée et les actes de Breivik. Selon lui, la gauche essaie uniquement de profiter du drame qui s’est produit en Norvège. Mais dans le passé, lui-même a établi, au Parlement, un lien entre les déclarations d’adversaires politiques et d’éventuels attentats.
Entre-temps, le député du parti des Verts de gauche GroenLinks Tofik Dibi a demandé un débat avec le Premier ministre néerlandais Mark Rutte sur la xénophobie aux Pays-Bas. Selon lui, le PVV détient une grande responsabilité dans la tâche de "canaliser la colère aux Pays-Bas". Le député veut discuter au Parlement de La Haye des points communs entre les idées de Breivik et la pensée aux Pays-Bas, notamment dans les milieux du PVV.















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