La fermeture de la frontière vers le Cameroun, décrétée par le Nigéria suite aux attaques revendiquées par Boko Haram, ne distrait pas les trafiquants de carburants, qui usent de ruse pour outrepasser cette mesure. Ils poursuivent leurs activités en toute tranquillité, loin de la vigilance des contrôles douaniers et des militaires. Notre correspondant a rencontré une bande de trafiquants.
Eric Kouamo, Amchide
"Avec ou sans fermeture de la frontière, le carburant circule. Nous savons comment nous y prendre pour contourner la douane et les policiers à la frontière", lâche l’homme assis sur un vélo, principal mode de transport entre les villages frontaliers de Bama, au Nigeria, et d’Amchide, du côté camerounais. Dégoulinant de sueur, il m’avoue : "Ici, on ne parle pas du tout de ça. C’est secret. Seuls ceux qui font ce trafic savent de quoi il est question", dit-il.
Pour briser ce mystère, je me fais passer pour un acheteur de carburant, à la quête du produit rarissime depuis la fermeture de la frontière. "Vous voulez quelle quantité ?", demande un vendeur. La quantité est insignifiante, par rapport au volume de commande qui se fait ici régulièrement. Je commande 50 litres de carburant. Le vendeur me conduit sous un hangar de fortune. "Vous devez payer ici. Ensuite on vous donnera une heure et le lieu de livraison." Actuemment, le litre de carburant coûte 569 F CFA (87 eurocentimes) à la pompe, tandis que le prix du carburant trafiqué s'élève à 475 F CFA (73 eurocentimes) le litre. Avant la fermeture de la frontière, il fallait compter 325 F CFA, soit 50 eurocentimes, pour un litre de carburant trafiqué.
La paie ne se fait en échange d’un reçu. "C’est une question de confiance entre nous, car nous sommes solidaires et ne doutons de personne."
Silence et tricherie
C’est cette solidarité qui constitue le socle des transactions clandestines à cette frontière. Les méthodes employées sont hors de la réglementation. Tout se passe une fois la nuit tombée. "Nous traversons la frontière, pour aller nous ravitailler du côté du Nigeria. Nous partons la nuit et retournons la nuit." Pour tromper la vigilance des gardiens, les trafiquants arpentent des pistes de fortune le long de la frontière, très souvent dans la savane et à vélo.
Les bidons sont attachés avec minutie autour du vélo. Seul le siège du conducteur respire. Il faut des jours pour réussir. Le métier de trafiquant demande beaucoup de patience et de prudence. "Il nous faut en moyenne deux à trois jours, parfois plus pour entrer au Nigeria. Et lorsque la frontière est minée par des hommes en tenue, nous passons des nuits supplémentaires en brousse, pour ne pas tomber dans les filets", raconte le plus jeune de la bande.
Danger et insécurité
L’activité des trafiquants de carburant est dangereuse et traîne une mauvaise réputation au Cameroun. Plusieurs accidents liés à l’exploitation et au transport clandestin du carburant ont déjà fait des morts, souvent par négligence. Allumer une cigarette dans ces conditions peut être mortel. Sur cette frontière, les trafiquants ne se laissent pourtant pas décourager. Interrogés sur les mesures de sécurité, certains affichent plutôt une mine sereine. "Nous n’avons peur de rien. C’est notre travail. Nous ne fumons même pas. Notre religion ne nous le permet pas", explique le jeune. Un vieux de la garde parmi les trafiquants semble plus averti. "Aucune mesure de sécurité n’est prise. Il suffit d’une étincelle pour que tout s’embrase. On ne joue pas avec le carburant, mais contre des mauvaises surprises, on ne peut rien faire", dit-il avouant que le trafic clandestin de carburant est jouer avec leurs vies.














J'aime ce reportage.il met a nue les pratiques conuues de tous.Merci
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