En sautant du sixième étage d’un immeuble, Siamak Pourzand, un prisonnier politique iranien, a mis fin à sa vie, le 29 avril dernier. Il a commis son geste à partir du balcon où il avait coutume de prendre congé des gens qui étaient venus lui rendre visite. Après avoir passé des années en prison, l’ancien journaliste avait été placé en résidence surveillée à Téhéran. "Tu as le droit de chercher ta liberté", écrit sur son blog Azadeh, sa fille qui vit aux Pays-Bas.
Lors de sa visite aux Pays-Bas, en mai 2000, Siamak Pourzand fit une impression de fragilité. Peut-être était-ce dû au fait qu’il n’avait déjà plus de liberté de mouvement. Il n’était plus autorisé à l’époque à exercer sa profession de journaliste, de critique de films et d’essayiste. Selon le régime iranien, Siamak Pourzand était un ennemi de l’Etat islamique et aurait reçu des fonds de la CIA.
Siamak Pourzand était un homme frêle mais extrêmement charmant – surtout envers les femmes. Il était venu aux Pays-Bas en compagnie de son épouse Mehrangiz Kar, une avocate iranienne des droits humains et militante pour les droits des femmes. Grâce en partie à la médiation de l’ambassade des Pays-Bas à Téhéran, elle avait été autorisée à quitter son pays pour suivre un traitement médical lié à un cancer du sein. En raison de ses critiques à propos du système juridique islamique en vigueur en Iran, elle avait déjà été arrêtée à plusieurs reprises. Des affaires juridiques sont encore en cours contre elle. La télévision néerlandaise l’avait interviewée en présence de son mari.
Service de sécurité iranien
Un an plus tard, Siamak Pourzand avait soudain disparu. Il aurait été enlevé par le service de sécurité iranien. Ce n’est que quelques mois plus tard qu’il fit son apparition sur la télévision nationale iranienne. Sous la pression des autorités, il avoua alors ne pas avoir fait preuve de loyauté envers l’Etat. En 2006, il se vit placé en résidence surveillée en raison de son mauvais état de santé. Sa femme et ses filles avaient entre-temps trouvé refuge aux Pays-Bas. Elles lui téléphonaient tous les jours.
Sa fille Azadeh poursuit actuellement ses études à la Business University Nyenrode. Sur son blog, elle écrivait cette semaine : "Que s’est-il passé, Siamak Pourzand ? Je ne te fais pas de reproches. Tu as le droit de choisir ta liberté de cette façon. (…) Mais la pensée que tu te tiens encore un instant à la balustrade avant de choisir la mort est insupportable. "
Washington Post
Le Washington Post a accordé un long article à Siamak Pourzand à l’occasion de son décès à l’âge de 80 ans. Dans les années soixante et soixante-dix il avait couvert les funérailles de John F. Kennedy et interviewé le président Nixon. Durant sa visite aux Pays-Bas, il n’en avait soufflé mot. C’était du passé.
















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