Sarah se met au foot
Sarah Osman (1980) est née au Soudan. Elle a vécu onze ans aux Pays-Bas. Depuis trois ans, elle travaille dans le domaine de la coopération au développement. Elle a récemment décidé de retourner en Afrique pour y mettre à profit ses connaissances. Après sa chronique Retour en Afrique publiée par RNW, Sarah s’est mise au football. Dans cette chronique, elle partage avec nous ses expériences concernant les préparatifs de la Coupe mondiale de football dans la ville du Cap : des histories de fond qui souvent se perdent dans l’euphorie du prochain grand événement.
Au moment où j’écris cette chronique, je suis un peu fatiguée de toutes les discussions que j’ai eues avec les Sud-Africains et les articles que j’ai lus sur la Coupe du Monde.
Curieusement, le discours semble toujours aller dans le même sens : d’abord un commentaire très argumenté sur la question de savoir si le Mondial sera bénéfique ou non pour l’Afrique du Sud, puis la discussion prend une tournure mélodramatique avec les parallèles tirés avec les problèmes du pays.
Eléphants blancs
Pendant que les restaurants profitent de l’opportunité en proposant des burgers-foot, des pizzas et des salades, certains habitants, les "Capetonians", utilisent l’événement comme point de départ pour toutes sortes de débats : sur les soins de santé du pays, l’éducation, les systèmes politiques et économiques.
Un mot-clé pré-Mondial de ces derniers jours est né : "Les Eléphants Blancs", terme ironique pour désigner les méga-stades, à l’image de Green Point dans la ville du Cap qui a reçu son premier match d’ouverture samedi dernier.
Ces bâtiments seront-ils transformés en maisons et hôpitaux pour les nécessiteux après le Mondial ? "Je ne pense pas, ils resteront comme ça, immenses et vides", me dit un Sud-Africain. Je comprenais cette réaction, mais j’avais du mal à en comprendre la logique. "Personne n’a jamais dit que la Coupe du Monde allait résoudre les problèmes sud-africains, c’est tout simplement l’occasion de développer l’économie et de créer une image positive de l’Afrique", dis-je. Ensuite, j’ai insinué l’idée que nous pourrions venir avec des idées afin d’utiliser l’événement pour d’autres objectifs, mais il ne semblait pas intéressé.
Désinformation
La crainte de voir l’argent dilapidé dans la Coupe du Monde est grande, elle pourrait être due à la désinformation autour des projets pour cet événement. Il y a des choses dont j’ignorais l’existence hier encore. Par exemple, la ville du Cap dépense actuellement 12 milliards de rands (plus d’un milliard d’euros) pour améliorer les transports publics et l’infrastructure, par opposition aux 4,45 milliards de rands (400 millions d’euros) dépensés pour la construction du stade de Green Point. Les Eléphants blancs seront bien là, mais l’infrastructure publique sera améliorée, ce qui constitue tout de même un bénéfice à long terme.
Je vous l’assure, la gare ferroviaire du Cap commence à avoir vraiment de l'allure. Les Capetonians pourraient être encouragés à utiliser les autobus et les trains au lieu de prendre leurs voitures, et les embouteillages de la ville diminueraient. Certains critiques ont peut-être raison, qui pensent que certains services sociaux auraient pu être prioritaires ; mais une personne capable de travailler grâce à une meilleure infrastructure, c’est tout aussi important. En d’autres mots, ces améliorations bénéficieront aussi aux moins privilégiés.
Projets positifs
Je commence à me désoler pour les Sud-Africains blancs car ils sont accusés de bigoterie chaque fois qu’ils se demandent ce que la Coupe du Monde laissera derrière elle. S'il s'était agi d'un Mondial de rugby, vous n’auriez rien entendu ne négatif venant de leurs bouches. "Le football est le sport soutenu par les Noirs, c’est pourquoi ils veulent mettre des bâtons dans les roues avec leur négativisme", déclare un Sud-Africain noir. J’ai pensé que c’était un peu en-dessous de la ceinture. Ironie ou pas, les Sud-Africains privilégiés semblent être très concernés par le sort de leurs compatriotes moins privilégiés vis-à-vis de la Coupe du Monde. La bonne nouvelle, c’est que l’Afrique du Sud, sous toutes ses formes, est en train d’engager des discussions importantes qui mèneront probablement à des projets positifs pour l’après Coupe du Monde.














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