Sarah se met au foot
Sarah Osman (1980) est née au Soudan. Elle a vécu onze ans aux Pays-Bas. Depuis trois ans, elle travaille dans le domaine de la coopération au développement. Elle a récemment décidé de retourner en Afrique pour y mettre à profit ses connaissances. Après sa chronique Retour en Afrique publiée par RNW, Sarah s’est mise au football. Dans cette chronique, elle partage avec nous ses expériences concernant les préparatifs de la Coupe mondiale de football dans la ville du Cap : des histories de fond qui souvent se perdent dans l’euphorie du prochain grand événement.
Un monsieur travaillant pour une ONG est venu nous rendre visite il y a quelques semaines. Il dirige un programme sur le VIH/sida utilisant le football comme moyen de sensibilisation. Très astucieux, m’étais-je dit, les ONG se servent plus que tout autre de la publicité autour de la Coupe mondiale de football.
La litanie habituelle
Il y a d’innombrables ONG basées en Afrique du Sud qui ont lancé des programmes inspirés du football dans le but d’aborder toutes sortes de défis sociaux – rien qu’à elle seule, l’Allemagne soutient au moins 12 programmes. "Il y a des tas d’ONG qui ont des programmes identiques au mien, mais on ne travaille pratiquement pas ensemble. C’est surtout parce que nous sommes en compétition pour obtenir des fonds", me dit notre visiteur. "Mais à quoi sert tout cela alors, si vous ne travaillez pas ensemble ? Comment veiller à ce que le football aboutisse à ce que vous voulez si vous n’échangez pas entre vous des informations ?", demandais-je. "Vous avez raison, mais je crois seulement dans le sport et je crois qu’il peut faire une véritable différence, donc j’investis toute mon énergie dans ce que je fais. Je peux voir que cela a de l’effet quand j’observe les enfants avec lesquels je travaille."
Boycott
"Je boycotte la Coupe du monde. Je quitte le pays en juin et je serai de retour quand le spectacle aura fini", me disait récemment l’un de mes amis, très actif dans le domaine social. "Toutes ces ONG peuvent dire ce qu’elles veulent, mais ça ne change rien au fait que des gens sont chassés de leurs maisons dans les bidonvilles pour rendre les villes plus jolies durant la coupe et quand ils objectent, ils sont sans cesse intimidés et harcelés par la police et il n’y a personne qui dit quelque chose". Bien qu’il soit un éternel pessimiste, cette fois-ci j’étais d’accord avec lui. L’Afrique du Sud se voit offrir une chance que d’autres pays africains devront attendre pendant des dizaines d’années et le gouvernement sud-africain cofinance des projets d’ONG qui utilisent cet argent pour créer des écoles de clown et de pantomime. Les Sud-Africains ont besoin de logements et d’emplois, pas de nez rouges.
Changement social
Sous le slogan du changement social, les enfants en Afrique du Sud, de 12 ans ou plus, sont soumis à des programmes dont l’efficacité n’a pas été prouvée. Ce passage issu d’un projet développé par une autre ONG qui utilise le football comme outil pédagogique illustre ce que je dis : "L’un des jeux joués dans le programme s’appelle Risk Field. Les enfants dribblent entre des cônes représentant des risques comme les rapports sexuels non protégés ou bien les contacts avec de nombreux partenaires sexuels. Si un joueur touche un cône, il doit faire des pompes et si ça se reproduit toute l’équipe doit le rejoindre. Ce jeu leur apprend que leurs actions ont des conséquences non seulement pour eux-mêmes mais pour d’autres aussi. L’utilisation de ces jeux rend les choses beaucoup plus vivantes pour les enfants et les messages beaucoup plus forts." On ne nous dit pas qui a conçu ces jeux. S’agit-il de psychologues expérimentés ? Probablement pas. Si c’était le cas, ils sauraient que ce n’est pas en inculquant la peur qu’on amène les gens à prendre moins de risques. Malheureusement, étant donné qu’aucune question n’est posée, les ONG continueront à concocter des programmes qui ne sont d’aucun intérêt pour les Sud-Africains.














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