Qui est Alice Mapenzi ?
Alice Mapenzi Kubo est née au Kenya, dans le Kilifi district. Elle est arrivée aux Pays-Bas en 2001 pour faire des études de management du tourisme à l’Université des Sciences appliquées de Breda, suivi d’un master de développement international à l’Université d’Amsterdam. Elle est l’auteur de l’ouvrage The Abolition of School Fees in Africa (L’abolition des frais de scolarité en Afrique) et est actuellement Responsable de programme pour l’Afrique à l’organisation Child Helpline International.
Je suis toujours pressée, pressée d’être à l’heure, d’aller au supermarché, à la gym ou bien d’attraper mon bus avant qu’il ne soit trop tard et que je doive attendre encore un quart d’heure. C’est ce qui me rappelle que je suis une vraie Africaine, originaire d’un village de la côte kenyane où peu de gens possédaient une montre et où la ponctualité était un concept difficile à saisir.
Et je déteste attendre. Donc, soit j’arrive exactement à l’heure, soit quelques minutes en retard. Comme par exemple quand j’ai rendez-vous avec le docteur. Mais les médecins aux Pays-Bas ne veulent pas qu’on les fasse attendre – vous êtes immédiatement punis. Il m’est déjà arrivé deux fois que le docteur refuse de me voir parce que j’étais quelques minutes en retard. Il me fallait fixer un nouveau rendez-vous. Mais lorsque je suis à l’heure, c’est là que je me sens vraiment intégrée parmi les Néerlandais : je contrôle.
Ce matin, je sors de chez moi à 8 h 03. Le bus que je veux prendre part à 8 h 09. Je monte dans l’ascenseur et je descends trois étages. Je me regarde dans le miroir pour déterminer si je suis prête à affronter cette journée. Suis-je bien coiffée ? Est-ce que je n’ai pas oublié mes boucles d’oreilles ? J’ai l’air bien reposée ?
Sans que je le remarque, j’arrive au rez-de-chaussée. Un voisin qui attend voit que je ne suis pas encore prête à sortir. Il ouvre la porte de notre ascenseur vieux-style. "Vous êtes très belle, vous savez", dit-il, "vraiment !" Qu’il est gentil et quelle manière délicate de me dire de ne pas gaspiller mon temps avec des vanités. Un peu embarrassée, je lui réponds en néerlandais : "Merci beaucoup, Mijnheer" et je sors.
Dehors, j’admire une magnifique matinée de printemps, un temps sec et un peu chaud. Mon quartier est plein d’arbres, les oiseaux chantent leur mélodie matinale. Je marche très vite maintenant, pour attraper mon bus. Encore trois minutes.
Mon voisin marche devant moi, il sort son chien. Toujours joyeux, il me dit : "Avec vous, je n’ai jamais besoin de voir qui approche. Je reconnais toujours le son de vos pas". Je souris et je me rappelle mes premiers moments aux Pays-Bas. Je souriais alors beaucoup moins et certainement pas à des étrangers, par crainte de créer un malentendu.














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