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Rwanda : marquer des points après le génocide
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Kigali, Rwanda
Kigali, Rwanda

Rwanda : marquer des points après le génocide

Publié le : 4 mai 2010 - 11:50am | Par Sophie van Leeuwen (Photo : Sophie van Leeuwen)
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Le microcrédit est en pleine expansion, surtout au Rwanda.

Le microcrédit est en pleine expansion, surtout au Rwanda. Les Pays-Bas souhaitent aussi contribuer à cette réussite. En passant par l’entrée principale ou par la porte de service.

“Beaucoup d’institutions de microfinance se sont implantées au Rwanda après le génocide”, explique Aussi Sayinzoga. D’origine rwandaise, M. Sayinzoga fait une étude sur la microfinance au Rwanda et au Burundi à l’Université de Wageningen, aux Pays-Bas.

Il poursuit : “La microfinance est une chance importante à saisir pour nous. Six des dix millions d’habitants de ce pays vivent en dessous du seuil de pauvreté.” Les gens n’ont pas accès à l’argent. Seuls dix pour cent de mes concitoyens disposent d’un compte en banque, moins de trois pour cent dans les campagnes. C’est un problème majeur.”

Les pays occidentaux souhaitent volontiers faire des affaires au Rwanda. Ce petit pays d’Afrique centrale – lorsqu’il aura subi des réformes économiques et atteint un croissance de six pour cent en moyenne- va servir d’exemple à l’ensemble du continent africain.

Plus de deux cents institutions de microfinance (IMF) ont vu le jour au Rwanda en peu de temps. Les fonds que ces institutions reçoivent augmentent d’année en année : soixante millions en 2007 et près de quatre-vingt millions en 2008. Cet argent est destiné aux petits entrepreneurs et aux agriculteurs.

Marquer des points

Les Pays-Bas – un des premiers donateurs après le génocide - sont particulièrement présents au Rwanda. Ils versent plus de 25 millions d’euros à ce petit pays chaque année, sans compter l’argent que la Banque mondiale, l’Europe et les Nations unies versent aux pays du tiers monde. Plus de neuf millions sont destinés au secteur privé, aux IMF rwandaises entre autres.

« Parce que le Rwanda est l’histoire à succès de l’Afrique », déclare Robert Lensink, professeur en développement économique aux Universités de Wageningen et de Groningen. Il vient de donner une formation sur la microfinance aux employés de la Banque centrale à Kigali. Son but: comment réguler le microcrédit à grande échelle ?

« Effectivement, j’ai été moi aussi très surpris lorsque je suis arrivé ici la première fois. Tout a l’air règlementé et organisé. Je pense que cela est dû à leur passé houleux, marqué par la guerre et les conditions difficiles. Je pense que c’est pour cette raison qu’ils s’efforcent de mieux superviser la situation. »

Des airs de dictateur

Le chouchou international des bailleurs est pourtant sujet à controverse. Bert Koenders, ex ministre néerlandais de la Coopération a suspendu plusieurs millions d’aide budgétaire directe au Rwanda. Pour des raisons politiques : la participation du gouvernement de Kigali aux conflits de l’Est du Congo.

« Cela a permis à M. Koenders de marquer des points et de montrer que les Pays-Bas ne subventionnent pas de pays non démocratiques où les droits de l’homme ne sont pas pris en compte »

Les Pays-Bas et le Rwanda entretiennent une relation étrange, c’est ce que pense le professeur Lensink. Le Rwanda continue de recevoir la majeure partie de l’aide au développement des Pays-Bas. « Notre argent atteint désormais le Rwanda par d’autres voies. Par l’intermédiaire d’un projet d’enseignement dont j’ai la charge, par exemple. » Les IMF en profitent aussi, indirectement.

Le ministère néerlandais des Affaires étrangères surveille étroitement le Rwanda en ce moment. Les élections prévues au mois d’août vont de pair avec l’arrestation controversée d’opposants politiques et militaires. Les critiques qualifient le gouvernement rwandais de dictatorial et non démocratique.

Ce n’est pas un microcrédit !

Le très pauvre Rwanda dépend beaucoup de ses donateurs. La moitié du budget total du pays – environ 400 millions par an – vient de l’étranger. Les principaux pays donateurs sont - mis à part les Pays-Bas - les Etats-Unis, La Grande Bretagne et l’Allemagne, entre autres.

Les IMF reçoivent plusieurs dizaines de millions par an. Mais cette somme importante était – particulièrement au début – impossible à gérer. Le spécialiste M. Sayingoza a constaté que beaucoup d’institutions étaient mal organisées : « il y avait peu de contrôles. La Banque nationale ne savait pas bien ce qu’il se passait. Le microcrédit était assimilé à l’aide au développement. »

Ce chaos a entrainé une corruption à un niveau local mais aussi au sein du gouvernement de Kigali. M. Sayingoza : « Je me souviens d’un député qui avait obtenu un prêt de 48 millions de FRW (60.000 euros). Ce n’est pas un microcrédit ! Et un député n’est pas pauvre ! » Huit IMF ont été fermées en 2006. Il y a eu des dizaines d’arrestations. »

M. Lensink pense que la corruption est partout. « Surtout dans la microfinance. Le secteur s’est développé tellement vite ces dernières années. La microfinance est considérée par tous comme la solution à de nombreux problèmes. L’argent afflue de toutes parts pour être investi dans ce secteur. Mais en fin de compte, on a quand même affaire à des êtres humains, et parmi ces gens il y a aussi des brebis galeuses. C’est ce qui s’est passé au Rwanda. »

Il y a encore beaucoup à faire dans le pays de M. Sayingoza. L’ensemble des fonds de ces dernières années a atteint un pauvre sur dix au Rwanda. Après l’obtention de son doctorat, M. Sayingoza compte rentrer au Rwanda pour y construire une maison. « Nous devons diminuer la pauvreté de moitié. Peut-être dans quarante ans. »

 

 

 

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