Sauti Za Busara a fait vibrer l’île tropicale de Zanzibar la semaine dernière. Et bien que ce festival musical de 4 jours vise à redonner vie à la musique traditionnelle swahili, les festivités n’ont gagné ni le cœur de la communauté musulmane, ni celui de la nouvelle génération tanzanienne qui préfère les rythmes plus modernes de l'Occident.
Par Marlies Pilon, Stone Town
De jeunes hommes vêtus de t-shirts de Manchester United jouent au foot dans les ruelles étroites de Stone Town, la capitale de Zanzibar. Dans la rue, des marchands vendent des clémentines fraîches et du jus de canne à sucre. Des vieillards barbus aux longues tuniques amples se concertent à l’ombre d’un grand manguier. Alors que le soleil disparaît à l’horizon, de jeunes femmes voilées au maquillage séduisant se retrouvent sur la promenade pour montrer leurs tatouages de henné et leurs téléphones mobiles dernier cri.
Plus de 95% des habitants de l’île, Africains, Arabes et Indiens, sont musulmans conservateurs. Mais comme partout ailleurs dans le monde, la jeune génération de Zanzibar est attirée par un style de vie plus moderne. Les jeunes préfèrent bouger au rythme des tubes de Jay-Z ou de Rihanna, plutôt que de danser sur la musique swahili comme le ngoma, le taarab et la rumba, qui constituent le principal héritage musical de cette région côtière de Zanzibar.
Sons de sagesse
Mais une fois par an, les pulsations de la musique swahili traditionnelle de la côte envahissent Stone Town. Pendant les 4 jours du festival Sauti Za Busara, dont le nom signifie "sons de sagesse" , les locaux et les touristes étrangers viennent assister aux 30 concerts en direct, dans le vieux fort de la ville, sous le ciel étoilé.
Cette année, parmi les invités de la 9ème édition du festival se trouvaient aussi des artistes africains comme le Nigérian Nneka, le groupe sud-africain Tumi and the Volume, Freddie Masamba du Congo ainsi que d’autres musiciens du Soudan, du Congo et de l’Ouganda.
Influences étrangères
Afin qu'ils puissent renouer avec la musique traditionnelle swahili, les locaux ne payent que 3.000 shillings (moins de 2 euros) l’entrée. Les étrangers, quant à eux, payent l’équivalent de 22 euros. Cette stratégie semble porter ses fruits, puisque plus de la moitié des visiteurs du festival sont originaires de Zanzibar. Le reste de l’auditoire est "wazungu", le mot swahili pour "étranger".
Ces touristes apportent une toute nouvelle culture à cette île conservatrice. Mini-jupes et petits hauts sexy côtoient des femmes voilées qui portent le niquab traditionnel. De nombreux locaux pensent que les habitudes "typiquement occidentales", comme fumer de la marijuana et écouter du hiphop, sont arrivées à Zanzibar avec les touristes et exercent une mauvaise influence sur leurs enfants.
Qui en profite ?
Certains pensent que le festival ne profite pas vraiment à la population locale. Selon Amour Haji, directeur d’une société d’événements à Zanzibar, malgré les efforts de Sauti za Busara pour réconcilier les locaux avec la musique traditionnelle, "la plupart des gens de Zanzibar pensent que le festival profite seulement aux étrangers et pas au gens qui habitent ici."
De nombreux jeunes sont aussi partagés sur le sujet. Jackson, 25 ans, qui gagne sa vie en faisant visiter l’île aux touristes, dit : "Cette musique swahili, c’est ce qu’écoutent mes parents. Ce n’est vraiment pas cool. Mais quand je l’entends, je me sens fier d’être tanzanien. J’arrive mieux à comprendre ces chansons car elles abordent des sujets qui me sont familiers."














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