L'avion venait d'entrer dans l'espace aérien malgache, samedi, quand un homme d'équipage a émergé du cockpit pour apporter de bien mauvaises nouvelles au passager du siège 1F: l'ex-président Marc Ravalomanana ne pourrait pas rentrer au pays.
Alors que le petit Avro RJ85 de SA Airlink --une filiale de la compagnie sud-africaine SAA-- commençait à faire demi-tour au dessus de l'océan Indien, des bribes de conversation pouvaient être entendues, entre l'homme d'équipage au gilet jaune fluo et l'ancien président de Madagascar qui comptait mettre fin à trois ans d'exil.
Demi-tour
On pouvait parfaitement distinguer les mots "demi-tour", dans une joyeuse pagaille de conseillers, de journalistes et de passagers curieux venus voir de qui il retournait. Et ce alors que le signal "attachez vos ceinture" était allumée.
Ce vol commercial parti de Johannesburg à 10H12 (08H12 GMT) n'atterrirait-il donc pas à Antananarivo comme prévu trois heures plus tard?
Aéroport fermé
Et puis, le capitaine a parlé.
"Mesdames et messieurs, ici le poste de pilotage! Nous avons fait demi-tour. Nous venons d'être informés que l'aéroport (d'Antananarivo) va être fermé pour les cinq à six prochaines heures. Et malheureusement, en raison d'un approvisionnement en carburant limité, nous ne pouvons pas nous permettre de passer autant de temps. J'ai donc dû rebrousser chemin pour rentrer à Johannesburg", a-t-il dit par haut-parleur.
"Je présente mes excuses pour ce désagrément qui vous est causé."
Retour au pays
Ce voyage qui avait commencé comme un retour au pays joyeux, avec un Ravalomanana embrassant ostensiblement sa femme alors que l'avion roulait sur la piste de l'aéroport de Johannesburg avant de décoller, a alors commencé à tourner au vinaigre.
Avec une discussion animée entre les assitants de l'ex-président et l'agent de sécurité de SA Airlink, les premiers accusant le second, et la compagnie sud-africaine dont il est l'employé, de céder aux pressions d'Andry Rajoelina, l'homme fort de Madagascar qui a renversé Marc Ravalomanana en mars 2009.
L'ancien président malgache tenait à rentrer au pays, quand bien même les autorités d'Antananarivo avaient annoncé qu'il serait arrêté à son arrivée, car il a été condamné aux travaux forcés à perpétuité après une fusillade de la garde présidentielle qui avait fait une trentaine de morts en 2009.
Pouquoi ?
L'équipage a défendu sa compagnie.
"Nous avions l'intention d'atterrir à Antananarivo. Nous n'avions reçu aucun notam (message aux navigants, destiné aux compagnies aériennes, ndlr) nous en empêchant avant de partir", a-t-il affirmé.
"Pourquoi l'homme (Ravalomanana) se voit-il refuser les droits de rejoindre son propre peuple, son propre pays d'origine?", s'est emporté un conseiller indigné.
"Comment peuvent-ils avoir à ce point peur d'un avion, pour fermer tous les aéroports dans le pays?", s'est demandé Mutumwa Mawere, l'un des porte-parole de Ravalomanana.
Vin rouge
Et puis comme le retour devait durer deux heures, l'atmosphère a commencer à se détendre.
Un homme du 4ème rang s'est plaint qu'il ne pourrait pas voir sa famille comme prévu. Un passager du 3ème rang a tranquillement fini son déjeuner et siroté son vin rouge. Un membre des relations publiques de M. Ravalomanana est retourné à la lecture de son roman.
Quatre heures après le décollage, l'avion est revenu à son point de départ.
"Mesdames et messieurs, bienvenue à L'aéroport international OR Tambo de Johannesburg", a annoncé l'hôtesse de l'air.
source : Reuters, AFP














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