Ce week-end dernier, des révélations ont été publiées au sujet d’un massacre ayant eu lieu en RDC un peu avant Noël. Selon les Nations unies, 290 personnes auraient été massacrées, 80 enfants enlevés. Les auteurs des crimes : des enfants-soldats de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA).
Selon Médecins sans Frontières (MSF) qui travaille dans la région Uélé du nord de la RDC, il prendra plusieurs semaines aux villageois pour réaliser ce qui s’est réellement passé. "Les habitants ont été enlevés de leur communauté et tués le long de la route où avançaient les troupes de la LRA. Ils ont découvert uniquement des corps, pas de blessés. C’est une région très reculée et les habitants sont tellement paralysés par la peur qu’ils ne racontent pas facilement ce qu’il s’est passé."
Lèvres coupées
Plus tard, MSF a recueilli plusieurs blessés qui avaient eu les lèvres ou les oreilles coupées lors d’attaques dans les villages. "Ceci est nouveau. Nous n’avons pas l’habitude de voir ce type de blessures dans cette région. Elles sont typiques des pays comme l’Ouganda ou le Sud-Soudan."
Violence horrible
Pendant plus de vingt ans, la LRA a terrorisé le nord de l’Ouganda ainsi que quelques régions du Sud-Soudan, la République Centrafricaine et la République démocratique du Congo. On estime que 70 à 80% des rebelles sont des enfants. Ils sont connus pour les horribles actes de violence qu’ils commettent lors des raids dans les villages. Leur leader, Joseph Kony, se trouvait en RCA la semaine dernière.
Kony "sympa"
Bien que nombreux de ces jeunes recrues avaient été kidnappées et avaient vu leur propre famille massacrée par la LRA, la chercheuse néerlandaise Lotte Vermeij a découvert qu’en fait ils aimaient bien Joseph Kony. "Alors que les enfants étaient dans des camps d’entraînement au Soudan, Kony s’y serait rendu pour les rencontrer. Il se serait assis avec eux, pour discuter et plaisanter. Malgré les cruautés que la LRA a fait subir à ces enfants, ceux-ci pensaient réellement que Kony était une "personne sympa".
Lotte Vermeij a étudié pendant deux ans la socialisation des enfants rebelles. L’image stéréotype des enfants soldats qui sont soit des victimes innocentes ou des meurtriers impitoyables a besoin d’être révisée, estime-t-elle. "Ces enfants doivent se battre pour survivre. S’ils refusent, on les tue ou on les punit gravement. Ils n’ont pas le choix. Mais ils ne finissent pas tous comme des combattants. La plupart d’entre eux prennent des jobs de cuisiniers, de portiers ou de "femmes" des commandants de la LRA."
Règles strictes
La LRA connaît des règles strictes pour faire des enfants tout sauf des "vrais" soldats. L’alcool, la drogue et les cigarettes sont interdits, les rebelles ne sont pas autorisées à manger de la nourriture préparée par les villageois et les treize esprits que possède Kony décident où et comment la LRA fera la prochaine attaque. Quiconque désobéit est exécuté en public pour servir d’exemple.
Lavage de cerveau
Cette approche semble être efficace, surtout pour les jeunes recrues.
Lotte Vermeij : "Les enfants sont vulnérables et obéissants. On peut facilement leur faire subir un lavage de cerveau. La LRA devient leur nouvelle famille. Puisqu’ils sont enlevés de leur village natal, ils n’ont souvent pas d’endroit où aller."
Problèmes de réintégration
Que les enfants aient réussi à s’échapper ou qu’ils aient été secourus par les forces armées ougandaises, la plupart connaissent des difficultés d’adaptation. Lotte Vermeij : "Les programmes courants de réintégration ne coïncident pas avec les besoins de ces enfants. Et c’ est ce qui est important pour mieux comprendre la vie et les processus de socialisation au sein de la LRA. Autrement, les gens retombent dans le comportement "LRA" , ce qui compromet largement la stabilité de la région."















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