L’enquête sur les accusations de terrorisme contre Sunny Ofehe est menée aux Pays-Bas et non au Nigéria, a déclaré un porte-parole du parquet général des Pays-Bas à Radio Nederland. Le militant Sunny Ofehe a été accusé aux Pays-Bas d’actes terroristes dans son pays natal, le Nigéria. Son procès s’est ouvert le 5 septembre à Rotterdam.
"Enquête exclusivement néerlandaise"
Selon le porte-parole du procureur général, Wim de Bruijn, ni la police néerlandaise, ni la police nigériane ne sont impliquées dans une enquête au Nigéria. Selon lui, une enquête sur le sol nigérian n’est "pas nécessaire" puisqu’il s’agit d’ "une enquête exclusivement néerlandaise". Le procureur public, Gert Veurink, a accordé certaines requêtes soumises à la cour par les avocats de Sunny Ofehe à l’ouverture du procès. Ils pourront écouter les enregistrements des appels téléphoniques entre M. Ofehe et un contact au Nigéria, avec lequel il est soupçonné d’avoir planifié des attaques sur des oléoducs. Le procureur a également accordé l’accès au dossier avec le nom de code "Tokio". [related-article]
Cependant, le procureur rejette la requête de la défense d’auditionner 15 témoins, dont des membres des services de sécurité des Pays-Bas. Selon lui les arguments de la défense ne sont pas suffisamment convaincants. Dans une lettre destinée aux avocats, M. Veurink est d’accord pour faire comparaitre trois personnes, dont deux Nigérians, mais refuse leur demande de questionner un expert sur la situation dans le delta du Niger. A la reprise du procès le 5 décembre, le juge déterminera quels témoins pourront être interrogés à la barre. Quirine Eijkman, chercheur au Centre pour le contre-terrorisme à l’Université de Leide aux Pays-Bas, est d’accord qu’il n’est pas absolument nécessaire d’enquêter au Nigéria. "Il est accusé de conspiration sur la base d’appels téléphoniques faits aux Pays-Bas, donc je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’aller au Nigéria".
Plus de recherches
Du point de vue de Mme Eijkman, le procureur aurait dû faire plus de recherches sur la situation politique dans le delta du Niger : "Cela aurait permis de comprendre pourquoi M. Ofehe s’est engagé dans le plaidoyer pour les droits de l’homme et les raisons pour lesquelles il voulait filmer le siphonage du pétrole dans le delta du Niger". Elle trouve "remarquable" que les autorités néerlandaises accusent quelqu’un de complot pour faire exploser des oléoducs au Nigéria, alors que de leur côté les autorités nigérianes amnistient des activistes nigérians accusés de sabotage d’oléoducs.
Sunne Ofehe est le fondateur de la campagne "Hope for the Niger Delta" (espoir pour le delta du Niger), dont le but est de favoriser la prise de conscience du phénomène de la pollution environnementale provoquée par les compagnies pétrolières dans le delta du Niger, dont la compagnie anglo-néerlandaise Royal Dutch Shell. Le but de cette campagne était de filmer des écoulements de pétrole et de documenter des acte de siphonage de pétrole destiné à la vente illégale – une pratique connue sous le nom de "oil bunkering" (soutage de pétrole). Le procureur néerlandais pourrait le soupçonner d’avoir incité d’autres à commettre des actes criminels afin de les documenter.
Mme Eijkman a déclaré à Radio Nederland que les autorités néerlandaises devraient faire preuve de "retenue" lorsque qu’elles traitent des dossiers de conspiration pour crimes terroristes commis hors du territoire des Pays-Bas, "surtout dans des régions comme le delta du Niger où il y a des tensions sociopolitiques". A son avis, les autorités devraient aussi tenir compte du fait que de telles accusations portent atteinte à la réputation des militants des droits de l’homme et que ces militants "ont besoin de liberté et d’espace social pour conduire leur travail de plaidoyer".
Etonnés et embarrassés
Sunny Ofehe a embauché un avocat au Nigéria pour blanchir sa réputation, ternie selon lui, par ce procès. "Je doit prouver que je ne suis pas un terroriste", a-t-il déclaré à Radio Nederland. Dans une lettre au président nigérian Goodluck Jonathan, son avocat, Festus Keyamo, a demandé l’ouverture d’une enquête au Nigéria. Il écrit : "Nous sommes extrêmement étonnés et embarrassés que, jusqu’ici, le gouvernement du Nigéria ne sache rien du procès d’un citoyen nigérian dans un pays étranger, accusé d’organiser des actes horrifiques comme "faire exploser des oléoducs" au Nigéria. Cela sent l’intimidation et la persécution."
S’il est reconnu coupable de conspiration d’actes terroristes, M. Ofehe risque une peine maximale de 10 ans de prison. S’il est condamné à trois ans de prison ou plus, ou encore s’il est considéré comme une menace pour la sécurité nationale, il risque la déportation. M. Ofehe est également accusé de contrefaçon et de trafic d’êtres humains.















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