C'est une situation unique aux Pays-Bas : le procès du député populiste Geert Wilders a été largement retransmis à la télévision. Une commission vient d'encourager cette pratique. A Zwolle, ville du nord du pays, un tribunal en cours de construction va être équipé de caméras de télévision qui seront placées en permanence dans les salles. Cependant, les juges voient ce type de "jugement télévisé" d'un oeil critique.
"Aujourd'hui, monsieur le président, je défends un dissident. Et son nom est Geert Wilders. Qui aurait pu penser à cela en 2010, aux Pays-Bas ?"
Le procès de Geert Wilders a fait couler beaucoup d'encre. Tout le monde a pu voir ce procès à la télévision. S'il suscite un intérêt de la part de la société, le filmage d'un procès peut être justifié. La commission souligne le fait que tous les procès ne se prêtent pas à un reportage en direct. Il est possible pouvez également de diffuser uniquement quelques séquences du procès, ou le diffuser avec une demi-heure de décalage, afin que certains passages sensibles puissent être enlevés. Katja Mans, juge et membre de la commission consultative, explique la manière dont les caméras pourraient être utilisées au cours des procès :
Sécurité et vie privée
"En tant que juge, vous êtes responsable vis-à-vis des personnes concernées par un procès. Les participants au procès, mais par exemple aussi les victimes qui ne sont pas directement concernées par le procès. Leur sécurité doit être assurée et leur vie privée respectée. Vous devez également toujours vous assurer que vous pouvez faire correctement votre travail de juge. La séance doit se dérouler de telle manière que vous êtes en mesure de bien traiter le contenu de l'affaire. Ce sont des considérations dont le juge en charge de l'affaire doit tenir compte et qui servent de base pour la décision d'autoriser toute forme d'ouverture quelle qu'elle soit.
La commission plaide également pour plus d'information sur le déroulement de l'affaire pendant un procès. Certaines procédures sont difficiles à suivre pour un profane.
"Plus vous allez diffuser, plus vous allez devoir vous expliquer. La plupart des téléspectateurs néerlandais sont habitués à voir des séries américaines et ne connaissent pas en fait notre système législatif. Il peut se passer des choses dans un tribunal qui sont incompréhensibles pour la majorité des téléspectateurs. L'une de nos recommandations est aussi d'ajouter des commentaires pour faciliter la compréhension du spectateur."
Fossé entre le citoyen et le gouvernement
Hans Schnitzel, un philosophe publiciste, est un adversaire convaincu de la présence de caméras de télévision dans un tribunal. Il ne pense pas que la confiance en la justice soit améliorée en la rendant plus visible. La crise d'autorité dont les juges sont victimes va plus loin et est un symptôme du fossé qui existe entre le citoyen et le gouvernement, selon Schnitzel. Il craint également une influence directe des avocats sur les téléspectateurs, par exemple.
"Je pense qu'un avocat pénaliste - et principalement quelqu'un de célèbre aux Pays-Bas - est parfaitement en mesure de convaincre le public et d'influencer l'opinion publique sans s’adresser directement au spectateur. Je pense que le procès Wilders en est un bon exemple. Dès que le spectacle risque de devenir médiatique, on se trompe d'objectif."
Demi-mesure
Schnitzel qualifie de demi-mesure les commentaires et informations supplémentaires données à la télévision lors d'un procès. "Il serait à ce moment-là intéressant de suivre les délibérations des juges, afin de savoir sur quelles preuves ils se basent pour arriver à une certaine considération."















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