La mission de l’UE au Sénégal
La mission d’observation de l’Union européenne (UE) est composée de 90 membres qui supervisent les présidentielles du 27 février 2012 au Sénégal. Il s’agit de la première mission de cette importance au Sénégal.
Thijs Berman (1957) est parlementaire européen pour les travaillistes néerlandais. En 2010 il avait observé le scrutin en Ethiopie. Cette fois il est chef de la mission d’observation de l’UE au Sénégal.
Le chef de la mission d’observation de l’Union européenne, Thijs Berman, dénonce un "manque de transparence" du Conseil constitutionnel au Sénégal. Le Néerlandais Berman réagit ainsi à la situation actuelle au Sénégal, où l’opposition se révolte contre la décision du Conseil constitutionnel de valider la candidature de l’actuel président Abdoulaye Wade, âgé de 85 ans, mais pas celle du chanteur Youssou NDour.
Par Vincent Kanza et Sophie van Leeuwen
Thijs Berman, quelle est la situation pré-électorale que vous avez constatée au Sénégal depuis votre prise de fonction comme chef d’observation ?
De très près
"On est entré au Sénégal il y a une bonne semaine avec notre équipe cadre de huit personnes. Nous avons pris contact avec les autorités. J’ai vu le président Wade, j’ai vu les ministres concernés par ces élections comme le ministre de l’Intérieur. J’ai aussi vu quelques candidats, notamment le candidat recalé Youssou NDour, le chanteur".
"Il y a eu quelques morts lors d’affrontements entre la police et les manifestants. Il y a évidemment un risque de dérapage. Il y a aussi des personnalités qui appellent à l’apaisement. Moi, je vais observer ce qui se passe. Nous regardons si les droits des Sénégalais sont bien protégés et garantis par les autorités. Nous allons voir tout ce processus électoral de très, très près".
Analphabètes
Le célèbre chanteur Youssou NDour a vu sa candidature rejetée par le Conseil constitutionnel. Selon vous, est-ce que la procédure de validation a reflété la transparence et les droits de chacun ?
"Eh bien, j’ai parlé à Youssou NDour, déçu, amer et révolté. Il avait besoin de 10.000 signatures, il avait 13.000 signatures, mais plus de 4.000 ont été invalidées. C’étaient surtout des signatures, il me semble, d’analphabètes pour lesquelles d’autres personnes ont rempli le formulaire. On voyait que la même main avait rempli des formulaires alors qu’il s’agissait bien de personnes différentes. Ces signatures ont été invalidées et Youssou NDour ressent cela comme une injustice".
"Nous avons demandé au Conseil constitutionnel d’être transparent sur cette décision de valider ou d’invalider des candidatures. Nous avons demandé que chaque candidat ait accès à son dossier, à la raison pour laquelle il a été validé ou invalidé. Il me semble que cette transparence manque et qu’on peut comprendre la colère de Youssou NDour".
Y'en a marre
Qu’est-ce que vous pensez des revendications des jeunes du mouvement Y’en a marre ?
"Nous allons sûrement rencontrer les jeunes de Y’en a marre ou de la coalition de l’opposition qui s’appelle M23. Il faut se réjouir qu’il y ait des jeunes qui s’engagent dans leur société et qu’ils soient actifs politiquement. Je n’ai rien à dire sur le contenu de leur engagement ou de leur programme. Mais je trouve que c’est réjouissant pour le Sénégal qu’il y ait des jeunes qui soient aussi engagés".
Impartial
Des irrégularités, on les a vécu dans le passé, par exemple lors des élections au Kenya, en Côte d’Ivoire ou en RDC. Qu’est-ce que vous comptez faire cette fois-ci pour éviter que les gens soient désabusés et qu’ils en viennent à dire qu’on leur a fait un hold-up électoral ?
"Si l’action internationale est inutile, c’est parce que les responsables politiques ne veulent pas agir. Mais il faut bien voir le rôle, les limites et les possibilités d’une mission d’observation. Elle est là pour constater, pour analyser un processus électoral. Le rapport final que mettra une mission d’observation a sa valeur en ce que c’est un rapport impartial, neutre et indépendant".
"En tant que chef de mission d’observation, je ne suis pas un acteur politique. Je suis là pour guider une mission d’observation. Et très souvent je me sens limité. Je suis un homme politique, mais je joue un rôle de médiateur, de diplomate presque en ce que je suis très prudent, parce que je veux que cette mission soit acceptée comme impartiale".




















Un processus électoral parsemé de pièges !
Avant le vote, le stock de cartes d'électeurs non retirées est sous le contrôle exclusif de l'Administration qui seule en connaît le nombre (rarement la CENA); c'est un réservoir important pour les votes multiples en cours de journée mais surtout au-delà de 18 heures, en ville et davantage en brousse. Par ailleurs, le fichier électoral est en révision permanenete par l'Administration, au bénéfice de "nouveaux" militants voulant s'inscrire !
Le jour du scrutin est rarement émaillé d'incidents au Sénégal. A premère vue,pour le non averti, tout semble impécable mais attention la fraude est phasée: (i) l'opposition ne contrôle pas la liste des émargements des votants, d'où la difficulté pour elle de comparer le nombre de votants et le nombre final de bulletins dans l'isoloir !, (ii) les bourrages d'urnes ont lieu pendant les heures de repas mais surtout au-delà de 18 heures si une prolongation des votes a lieu ou au moment des décomptes (avec les entrées et sorties des personnes).
Au moment du dépouillement des votes, les représentants du pouvoir mettront toujours des réserves dans les Procès Verbaux dans les bureaux de Vote où l'opposition est gagnante ! Ce sera très utile au niveau des comissions départementales et régionales voire au niveau du Conseil Constitutionnel (qui en tiendra sûrement compte au cas où.....).
Partout où l'opposition et la CENA ne seront pas présentes dans les 12 à 13 000 bureaux de vote, le plein de votes sera réalisé en faveur du pouvoir.
Donc vigilance ! vigilance! et encore de la vigilance !
Est-ce que l'UE pourra s'en sortir efficacement avec seulement une centaine d'Observateurs? Je leur souhaite beaucoup de courage !
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