Sunny Ofehe, un militant nigérian pour l’environnement domicilé aux Pays-Bas, a été accusé de comploter l’explosion d’oléoducs exploités par la compagnie Shell au Nigeria. Dans un entretien exclusif accordé à Radio Nederland Wereldomroep, Ofehe et ses avocats commentent les dernières des nombreuses charges dont le militant est accusé.
Agé de 39 ans, Ofehe se retrouve accusé d’avoir projeté l’explosion de plusieurs oléoducs exploités dans le Delta du Niger par la compagnie anglo-néerlandaise Shell. Il affirme, tout comme ses avocats, que cette dernière charge est une surprise totale. Ils affirment que les preuves sont douteuses car basées sur trois conversations téléphoniques mises sur écoute.
Au début de cette année, Ofehe a été arrêté aux Pays-Bas et détenu pendant deux semaines pour motif de suspicion de trafic d’humains et d’usage de faux. Il a été inculpé formellement il y a deux semaines et assigné à comparaître devant le tribunal le 5 septembre prochain. L’une des accusations de trafic d’humains a été abandonnée. Les autres charges subsistent, à savoir le trafic d’un citoyen nigérian vers les Pays-Bas et deux accusations relatives à la falsification de documents nécessaires à obtenir un prêt bancaire.
Aiguiser la prise de conscience
Ofehe est l’initiateur de la campagne ‘Hope for the Niger Delta’ (espoir pour le Delta du Niger), dont le but est de favoriser la prise de conscience du phénomène de la pollution environnementale provoquée par les compagnies pétrolières dans la région pétrolifère du Nigeria. Au mois de décembre 2010, il avait accompagné une députée néerlandaise, en préparation d’une enquête parlementaire sur les opérations de la compagnie pétrolière anglo-néerlandaise dans cette région, à laquelle il a fourni un témoignage.
Afin de sensibiliser l’opinion publique sur le problème de la pollution, Ofehe a filmé de nombreux écoulements de pétrole, et a rassemblé des preuves sur des actes de sabotage d’oléoducs. Ces actes avaient été commis avec l’intention de siphonner le pétrole pour le vendre illégalement – une pratique connue sous le nom de ‘bunkering’ (soutage) de pétrole.
Son procès semble s’axer autour de la question de savoir s’il a incité d’autres personnes à commettre des actes criminels afin de les filmer.
Voir c’est croire
Selon Ofehe, lors des écoutes téléphoniques qui sont à la base des nouvelles charges de terrorisme, il était en train de faire des préparatifs de film pour un documentaire dans le Delta du Niger pour le compte d’une importante société de médias néerlandaise, dont il n’a pas souhaité révéler l’identité.
"Je ne suis pas un journaliste professionnel, je suis un amateur, et je crois que ‘voir, c’est croire’. Il n’existe pas de manière de rendre ma campagne efficace sans montrer aux gens ce qui se passe ici."
Il a dit au micro de Radio Nederland qu’avec ces films, il voulait démontrer au monde entier que l’équipe dirigeante de Shell, les membres de la JTF (une unité de l’armée nigériane créée pour combattre les militants) et les chefs des communautés locales sont tous impliqués dans le soutage de pétrole.
Ecoutes téléphoniques
Ed Manders, l’avocat d’Ofehe, membre du cabinet d’avocats de Rotterdam Manders Advocaten, spécialisé dans les affaires de trafics d’humains, affirme qu’il ne comprend pas "pourquoi la police néerlandaise est concernée par les oléoducs au Nigeria".
Wim de Bruijn, porte-parole du bureau du procureur, explique qu’une personne peut être accusée aux Pays-Bas pour des actes commis à l’étranger si la conspiration a pris place aux Pays-Bas.
Complot politique
Les avocats d’Ofehe disent avoir le ‘sentiment’ – mais aucune preuve – que les autorités néerlandaises ont l’intention de ‘le coincer’. Selon leur point de vue, ceci expliquerait pourquoi il a été observé par la police pendant 18 mois, période pendant laquelle ses conversations téléphoniques ont été régulièrement écoutées. Plus de 25 agents de police ont été mobilisés sur l’enquête, ce qui a résulté en un dossier de 7.000 pages. "Il se passe quelque chose de bizarre en ce moment, c’est tout ce que je peux dire maintenant", suggère Manders.
Il ne fait aucun doute dans l’esprit de l’accusé qu’il est la victime d’un complot politique, conspiré par des "hautes autorités" qu’il ne souhaite pas identifier avec plus de précision à ce stade de l’affaire. Ofehe affirme que ces forces sont "déterminées à écraser" sa critique des compagnies pétrolières multinationales et du détournement des revenus du pétrole générés par le Delta du Niger par le gouvernement nigérian.
La séance préliminaire du procès a lieu le lundi 5 septembre au tribunal de Rotterdam.















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