La microfinance est-elle vraiment faite pour les hommes d’affaires occidentaux ? Andrei Munteanu, producteur de thé en Roumanie, et Arnold Hoek, directeur d’une entreprise de location de bicyclettes motorisées aux Pays-Bas, ont tous deux bénéficié d’un microcrédit car les banques traditionnelles n’étaient pas disposées à les aider. Les prêts d’un montant supérieur devraient-ils être octroyés sous forme de microcrédit dans le riche Occident ?
Klaas Molenaar, président du conseil d'administration du Réseau Européen de la Microfinance, commente huit portraits vidéo réalisés par Radio Nederland Wereldomroep.
Deuxième partie
Après vingt années dédiées au développement, à l’évolution, la croissance et la durabilité des Institutions de Microfinance (IMF – institutions qui accordent des microcrédits), il est à nouveau temps d’écouter l’avis des clients.
Ils sont les mieux placés pour suggérer les améliorations à apporter au secteur des IMF. Des améliorations qui peuvent s’avérer utiles à ceux qui ont besoin d’une assistance financière pour participer activement à la société.
Désespérée
Je ne peux pas rembourser mon prêt, explique une femme en Inde. Elle est désespérée et regrette d’avoir fait cet emprunt. Elle était pauvre et espérait s’en sortir. Qu’a-t-elle fait de la somme empruntée ? Devrait-on financer des activités à risque lorsque les biens achetés (dans son cas, une vache) sont périssables ?
Un apiculteur au Maroc explique qu’il a été contraint de rembourser 400 euros sur une période de neuf mois pour un prêt initial de 300 euros. Il peut rembourser, mais est-ce vraiment un prix juste ?
Un entrepreneur en Inde ne peut pas rembourser son prêt à cause des taux d’intérêts très élevés. Pourra-t-il entrer en concurrence avec les petites entreprises qui peuvent obtenir un prêt bancaire, avec un taux de 17% par an ?
Un plan d’affaires
Le microcrédit peut aider les gens à s’en sortir. Notre producteur de thé en Roumanie, en est la parfaite illustration, tout comme le propriétaire de l’entreprise de Solex (vélos à moteur) aux Pays-Bas. Tous deux n’avaient pas accès aux services financiers classiques. Ils pouvaient monter leurs petites entreprises à condition de présenter un plan d’affaires en bonne et due forme.
Mais la microfinance a-t-elle pour but de soutenir de petites entreprises avec des prêts allant de 15.000 à 25.000 euros ? Et si ces gens ont déjà d’importantes économies à investir, pourquoi les autres banques ne suivent-elles pas ? Et si les IMF soutiennent ces petites entreprises, en quoi diffèrent-elles des banques traditionnelles ?
Le directeur néerlandais de l’entreprise de location de Solex, qui dépendait autrefois de l'aide sociale, se réjouit d’être à nouveau actif. Et la banque, qui bénéficie d’une garantie du gouvernement pour couvrir ses pertes éventuelles, partage cet enthousiasme. Mais quels risques la banque court-elle réellement ? Quelles sont les véritables motifs des banques qui participent à ces programmes ? Croient-elles vraiment en leurs clients ou s’efforcent-elles de montrer leur conscience sociale ?
Nous remarquons également que les entrepreneurs doivent toujours patienter plusieurs semaines avant d’obtenir une réponse à leur demande de prêt, alors que ce genre de décisions sont prises dans les 24 heures dans les pays en développement. Avons-nous oublié de nous pencher sur les nombreuses leçons apprises à l’étranger ?
Ex-détenu
Octroyer des microcrédits est une affaire de confiance. Il s’agit de faire confiance à ceux qui ont commis des erreurs par le passé. En Indonésie, un ancien détenu a pu obtenir un prêt chez un prestataire de crédit indépendant sans que celui-ci ne se soucie trop de ses échecs précédents. Mais peut-on aussi le considérer comme un opérateur de microfinance ? D’ailleurs, le client, puisqu’il n’a pas d’autre endroit où aller, est prêt à accepter toutes les conditions. Comment aborder de telles situations de dépendance ?
Le cultivateur de riz au Suriname (Surinamese rice farmer) travaille très dur. Une IMF locale lui a donné sa chance en lui accordant un prêt. Mais cette IMF reconnaît que la culture du riz à elle seule n’est pas très intéressante. Selon l’IMF, la solution serait de faire en sorte que les agriculteurs contrôlent plusieurs étapes de la production. Est-il juste de prêter de l’argent à ces agriculteurs tout en sachant que leurs revenus actuels sont trop maigres pour générer de véritables revenus – supplémentaires – et construire un commerce prospère ?
Petit à petit
Les opérateurs de la microfinance au Nicaragua, au Maroc et au Ghana insistent sur l’importance d’entretenir des liens directs avec leurs - futurs - clients. Les IMF se disent conscientes de la réalité et offrent des services adaptés à leurs clients. Mais que se passe-t-il si les conditions et le type de crédit ne sont pas en accord avec les projets de cette femme au Ghana (the woman in Ghana) qui souhaite agrandir son commerce de teinture ? Pourquoi forcer les gens à augmenter le montant de leur emprunt petit à petit ? Cela ne risquerait-il pas d’entraîner un sur ou un sous-financement ? Les IMF comprennent-elles vraiment leurs clients et sont-elles tout à fait honnêtes envers eux ?
Si l’on se pose la question de savoir si les IMF sont nécessaires à l’avenir, la réponse est oui. Les résultats sont impressionnants. Les gens bénéficient vraiment d’une aide et trouvent une nouvelle façon de participer à la société. Mais nous devons changer la manière dont nous organisons notre travail et modifier les décisions sur lesquelles reposent nos services. Pourquoi le client doit-il payer tous les frais ? Pourquoi, si cela risque de le pénaliser par rapport aux autres acteurs du marché ?
De bonnes intentions
Pourquoi les IMF ont-elles besoin d’offrir des taux d’intérêt aussi élevés sur des dépôts placés par des investisseurs privés ? Bien sûr, les investisseurs auront ainsi de bonnes intentions et seront socialement motivés à financer les IMF, mais pourquoi n’est-il pas possible de trouver des conditions qui soient également favorables au destinataire final ? Pourquoi concevons-nous toujours une entreprise comme une organisation physique plutôt que d’avoir recours à l’ICT, qui offrirait certainement des solutions plus rentables ? Nous appelons à une révision de notre propre fonctionnement et l’avis de nos clients est utile dans ce procédé. C’est ce que ces différents témoignages ont implicitement prouvé.
Etes-vous d’accord avec Klaas Molenaar ? Donnez-nous votre avis et faites part de vos commentaires dans la section Discussion ci-dessous.
















Placez votre commentaire