Radio Netherlands Worldwide

SSO Login

More login possibilities:

Close
  • Facebook
  • Flickr
  • Twitter
  • Google
  • LinkedIn
Accueil
samedi 30 août  
Des patientes à l'hôpital de Panzi, en 2009.
Map
Bukavu , Congo (Kinshasa)
Bukavu , Congo (Kinshasa)

L'indispensable docteur Mukwege

Publié le : 14 novembre 2012 - 6:00am | Par Rédaction Afrique (© Photo : AFP)
Archivé sous

Témoignage du docteur Mukwege

Tout le monde dans votre hôpital exprime de la tristesse quant à votre absence. Qu’est-ce que cela vous fait ? 
Je pense que nous avons travaillé pour constituer une équipe soudée (…) et je ne doute pas qu’elle fait du bon travail même en mon absence.

Quand comptez-vous rentrer ?
Le plus tôt sera le mieux, puisque je crois qu’à l’extérieur, ce n’est pas vraiment ma place. Ma place est à côté de ces femmes victimes de violences sexuelles. Je voudrais retourner travailler mais ne veux pas mourir, je veux vivre, vivre pour elles.

Propos recueillis par Jan Marchal.

Depuis l'agression du docteur Mukwege et son départ pour Bruxelles, la tension est palpable à l'hôpital général de Panzi. Entre tristesse et indignation, ses collègues et ses patients réclament son retour. Reportage.

Par Ernest Muhero.

Hôpital général de référence de Panzi, à l’est de la République démocratique du Congo. A première vue, tout semble normal en cette matinée du 6 novembre 2012 dans ce bâtiment où sont prises en charge gratuitement les femmes victimes de violences sexuelles (VVS) à travers le projet VVS, soutenu par l'Union européenne*.

Un bandeau rouge d'indignation
Un grand nombre des visiteurs, en majorité des femmes, se précipitent sur la petite porte d’entrée bordée d’une clôture en fil de fer gris. Ils viennent s’enquérir de l’état de santé de leurs proches ou se faire examiner. A l'intérieur, je constate dans le va-et-vient des infirmiers et des médecins, que chacun arbore un bandeau de tissu rouge sur sa blouse. J’apprends que ce symbole est une façon de protester contre l’attentat dont a été victime le directeur de cet hôpital, le docteur Denis Mukwege, le 25 octobre dernier. Depuis, Mukwege est hors du pays.

Une situation qui affecte ses collaborateurs, ses patients et la fonctionnement de l’hôpital. Le médecin chef de staff, le docteur Nfundiko Kaguku, témoigne : "Le personnel de l’hôpital est très déçu, très découragé, parce que le docteur Mukwege est un grand travailleur, il a une grande expérience et beaucoup de patients. Il travaille du lundi au vendredi pour aider la population issue de la base sociale. Avec l’agression du docteur Mukwege, nous ne savons pas où cela s’arrêtera. Nous vivons maintenant dans la peur, dans l’incertitude."

Articles liés

Outre la peur des travailleurs, l’agression a des conséquences sur les finances de l’hôpital. "Sur le plan des recettes, il y a eu un impact négatif. Nous n’arrivons plus à recouvrir ce que nous recouvrions avec le docteur Mukwege. Ses consultations, ses interventions chirurgicales et son absence se font sentir. C’est pourquoi nous avons décidé de porter ce brassard rouge, signe de notre indignation. Et nous le porterons jusqu’au retour du docteur Mukwege."

"La seule chance pour nous de guérir est de le rencontrer"
A la sortie de son bureau, je me dirige dans les blocs réservés au projet de prise en charge des victimes de violences sexuelles. Contrairement au personnel soignant qui dissimile tant bien que mal son chagrin — déontologie oblige —, ici, la désolation est perceptible à première vue. Des centaines de femmes, tantôt attablées les unes à coté des autres, tantôt isolées, manifestent tout sauf de la joie. Elles sont affligées, bien que des assistantes sociales tentent de recréer autour d’elles une ambiance d’animation pour les déstresser. Quelques-unes ne jurent que par le retour du docteur Mukwege. "Nous sommes très attristées par ce qui est arrivé au docteur, nous prions jour et nuit pour qu’il rentre. La seule chance pour nous de guérir est de le rencontrer", raconte l’une d’entre elles.

Pour la psychologue Cécile Kamwanya, qui suit de près ces femmes, l’agression de Mukwege a été un grand choc pour ces femmes fragiles qui voient en lui la fin de leur souffrance. "Le retour du docteur est un impératif pour l’avancement des traitements", estime-t-elle.

En quittant l’hôpital de Panzi, nous apprenons du service de communication que ces femmes ne demandent qu’à manifester dans les rues de Bukavu pour exiger le retour de Denis Mukwege. "Ses patients nous demandent de manifester, et ils disent que si nous ne le faisons pas, ils le feront eux-mêmes, explique le docteur Nfundiko. Nous disons qu’il va bientôt revenir, mais qu’il faut négocier un retour en toute sécurité. Il ne faut pas qu’il revienne pour être ensuite assassiné lâchement."

*Au total 2019 femmes ont été prises en charge gratuitement de janvier à octobre 2012 à l’hôpital de Panzi. Parmi elles, 1095 ont été victimes de violences sexuelles et 924 ont été admises pour des problèmes gynécologiques comme la fistule.

Cet article est une transcription d’une partie de notre dernière émission L’Afrique en Action.

Recommandés

Placez votre commentaire

Pour une plus grande compréhension, l’usage du français est la règle. Nous accueillons tous types de discussions, mais, attention, nous n’acceptons pas les propos racistes, sexistes, diffamatoires, injurieux ainsi que les commentaires publicitaires.

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd> <p> <br>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage