Mammie Chidzonga n’est pas contente. A chaque fois qu’elle rend visite à ses enfants à Harare, elle est obligée de s’adresser en anglais à ses petits-enfants, au lieu d’utiliser le shona.
John Masuku (Harare)
“Ils n’arrivent pas à exprimer un seul mot en shona, bien que leur mère l’enseigne à un niveau avancé dans un lycée qui est situé tout près de chez eux et qui a produit les meilleurs résultats aux examens dans tout le pays’’, dit-elle,
Certains parents ne cachent pas leur profond mécontentement quand leurs amis ou connaissances essayent de parler à leurs enfants en ndebele. Ils s’empressent de les interrompre et de demander à leurs enfants de répondre en anglais.
Telle semble être l’attitude croissante que l’on rencontre parmi de nombreux jeunes couples noirs de la classe moyenne zimbabwéenne. Ils ont complètement anglicisé leur style de vie familial et ont l’air de regretter de devoir parfois parler leurs langues maternelles
Certains semblent préférer envoyer leurs enfants dans écoles maternelles de langue anglaise uniquement, où les enfants sont réprimandés lorsqu’ils disent un mot dans la langue locale. Quand ils choisissent les ''meilleures’’ écoles, on dirait que le critère le plus souvent utilisé est que l’école ait des enfants ou des élèves blancs, où un anglais pur est enseigné et parlé.
Couples noirs ''anglais''
Durant ma recherche pas-très-scientifique, j’ai tiré certaines conclusions surprenantes. J’ai découvert que de nombreux jeunes couples, que j’ai observés de près alors qu’ils faisaient du shopping dans des centres commerciaux de banlieue, parlent pour la plupart en anglais à leurs enfants, alors qu’ils utilisent entre eux une langue vernaculaire.
Quand je suis avec mes enfants, mes amis me saluent en général en langue locale et passent ensuite automatiquement à l’anglais en s’adressant à mes enfants. Et quand mes jeunes collègues appellent chez eux, je remarque qu’ils parlent habituellement en shona et en ndebele à leurs domestiques et jardiniers et poursuivent en anglais avec leurs enfants. Et ces jeunes parents haussent le ton de la voix pour ressembler à des mamans et des papas anglais !
Les hommes politiques ne sont pas différents
''Nous sommes très impressionnables et nous réagissons aux pressions exercées par l’entourage et aux circonstances. On est ravis que nos enfants sachent parler l’anglais étant donné que ça rehausse leur statut social'', explique ma nièce Zanele. ''Même nos hommes politiques, qui prêchent la fierté nationale et qui nous bombardent de rhétorique haineuse à propos de nos anciens colonisateurs, font de même. A l’abri des regards du public, nos pseudo-révolutionnaires imitent chez eux le mode de vie des Anglais et envoient secrètement leurs enfants étudier en Europe et en Amérique.''
Je me souviens du livre de Frantz Fanon Peau noire, masques blancs dans lequel il estime que l’homme noir qui veut se transformer en Blanc est aussi méprisable que celui qui prêche la haine des Blancs.















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