La cérémonie de remise des diplômes, la semaine dernière, en l’honneur notamment de la jeune Nomsa Dube, portait surtout sur la réussite et l’ardeur au travail. Tout le monde y était invité : les membres de la famille, les amis de la fac mais aussi d’anciens camarades du lycée.
Durant d’interminables discours, j’étais là, assis parmi trois jeunes visiblement abattues au fond de la salle. A travers leurs chuchotements, je compris que ces trois anciennes camarades de classe de Nomsa, probablement plus intelligentes qu’elles, venaient d’universités gouvernementales, qui avaient été fermées pendant plus d’une année. A l’origine de cette fermeture : des grèves interminables et l’énorme exode du personnel enseignant et administratif très compétent dû à l’absence de subventions gouvernementales.
Pour elles, la cérémonie de remise des diplômes était un rêve irréalisable.
Les universités privées et coûteuses, comme celle que fréquente Nomsa, n’ont pas été perturbées et les étudiants ont pu obtenir leurs diplômes à temps et s’emparer de tous les emplois devenant de plus en plus rares.
Universités étrangères
Alors que le système d’éducation du Zimbabwe s’est considérablement effondré depuis 2000, les ministres du gouvernement, largement responsables de cette situation, en particulier dans les écoles et les universités publiques, envoient leurs enfants dans des institutions publiques aussi bien dans le pays même qu’à l’étranger, parfois en utilisant les faibles ressources nationales.
Les universités en Afrique du Sud, en Australie, au Canada, aux Etats-Unis, en Malaisie et à Hong Kong comptent un grand nombre d’étudiants zimbabwéens. Cela confirme bien que la majorité des parents envoyant leurs enfants à ces universités appartiennent à l’élite au pouvoir, comprenant le président, des ministres et des magistrats.
Les enfants de certains membres demeurés loyaux à la ZANU-PF de Robert Mugabe ont été expulsés de prestigieuses universitaires étrangères en représailles au rôle de leurs parents dans l’effondrement du pays.
A chaque fois que les institutions privées utilisaient des tarifs raisonnables, l’ancien gouvernement à parti unique se servait de toutes sortes de réglementations pour les frustrer, surtout pour exercer un contrôle, en particulier en période d’élections.
D’autre part, des contrôles excessifs ont complètement anéanti les écoles et universités gouvernementales : plus d’infrastructure, pas de manuels scolaires, des enseignants et des administrateurs non qualifiés et – pire encore – pas d’électricité ni eau la plupart du temps.
Un maître de conférence de l’Université du Zimbabwe me racontait récemment que l’administration est en train de présider à la fin d’une université qui comptait dans le passé parmi les meilleures d’Afrique. Les enseignants sont ridiculement sous-payés et l’administration ferme les yeux sur leur cause et les traite avec dédain et mépris.
Il en est de même des établissements gouvernementaux du primaire et du secondaire mais aussi universitaires. Les manifestations d’étudiants et de syndicats d’enseignants se sont toujours heurtées à la violence de la police ou dans les meilleurs cas à des promesses en l’air.
Taux d’abandon importants
Avec la dollarisation de l’économie zimbabwéenne, tout parent est censé payer des droits de scolarité en dollars, qui sont encore une monnaie rare pour beaucoup de gens.
Depuis la formation de l’actuel gouvernement d’union nationale, les fonctionnaires touchent la somme dérisoire de 140 dollars par mois, le même salaire qu’aura Nomsa ce mois-ci en tant que fonctionnaire junior. Nomsa est actuellement la seule à toucher un salaire dans sa famille de six membres.
Les dépenses mensuelles par foyer, sans compter l’alimentation, s’élèvent à 150 dollars. Les écoles gouvernementales demandent 120 dollars par trimestre, tandis que les écoles et universités privées demandent entre 500 et 2.000 dollars.
Les taux d’abandon augmentent de façon alarmante. Le retour au système éducatif zimbabwéen de première qualité qui existait autrefois prendra certainement des décennies.

























