Le comportement de mes amis de la classe moyenne n’arrêtent pas de me fasciner. Tendai ne secouera jamais une salière lors d’un repas avec un ami car il pense qu’en le faisant, ils pourraient commencer à se quereller et devenir les pires ennemis.
Par John Masuku
Chido n’entrera ni ne sortira de l’église par les portes situées sur le côté, car elle a peur de se voir obligée à renoncer à ses prières du dimanche. Lizwe ne mangera jamais directement d’un pot car il craint de se retrouver transformé en un homme lâche, qui risque d’être battu par son épouse ou d’autres femmes. Comme tant d’autres, c’est la raison pour laquelle ils se sont rencontrés dans leur jeunesse !
Modernisation
Malgré l’occidentalisation et la modernisation, la plupart des Zimbabwéens, éduqués ou pas, riches ou pauvres, au courant des nouvelles ou non, continuent de garder leurs croyances traditionnelles qui ont toujours fait partie de leur éducation religieuse pendant leur enfance.
Wallace Bozongwana, un prêtre anglican, raconte : "On peut comprendre le système religieux de la plupart des Zimbabwéens dans leur manière d’interpréter leurs rêves, leurs présages, la sorcellerie et les anciens esprits ancestraux".
"Les coutumes et les tabous aident les gens à rester fidèles à leurs croyances dans la mesure où ils protègent le croyant contre la colère des esprits. C’est ainsi que les coutumes sont des symboles ou des signes extérieurs de la réalité spirituelle intérieure chez une personne".
Rituels de succès
Récemment, mon ancien collaborateur a ouvert un cybercafé et un centre d’affaires dans le centre de Harare ; il a organisé deux cérémonies distinctes : l’une, privée, réservée aux membres de la famille, pendant laquelle, m’a-t-on dit, les rites traditionnels et culturels ont été observés. La plupart d’entre nous ont seulement été invités à l’autre, officielle, largement annoncée et relatée dans la presse, incluant un service religieux et les accolades de tout le bottin mondain de la ville.
Masimba m’a confié par la suite : "Je me devais de faire honneur à la fois aux esprits d’ici et de l’au-delà, afin d’assurer la prospérité de mon entreprise. Je suis satisfait, car j’ai rendu heureux mes parents, mon clan, mon église et mes collaborateurs".
Le mois dernier, ma cousine Sibongile, jeune femme bardée d’un diplôme post-doctoral, responsable d’un bureau de marketing et d’une chaîne pharmaceutique de surcroît, rentrait vers sa maison de campagne dans son véhicule 4x4 dernier modèle. Elle fut la victime d’un pneu crevé et se retrouva dans le talus, et rentra bien tard à la maison.
Alors qu’elle retrouvait sa mère à son arrivée dans le village, Sibongile fit la remarque suivante : "Bien entendu, c’est à cause de la tortue que j’ai croisée peu après mon départ si mon pneu a crevé ; je sais bien que la vue de ce type de créatures lors d’un voyage résulte toujours en des retards."
Un peu plus tard, une cérémonie traditionnelle fut célébrée pour remercier les ancêtres d’avoir donné un travail de cette qualité à Sibongile ainsi qu’une nouvelle voiture. Les anciens demandèrent alors aux esprits du clan d’assurer la protection de la jeune cadre et de la protéger du diable. Ils demandèrent bien entendu que les esprits lui procurent un mari riche et raisonnable, en accord avec son style de vie.
Tous ceux qui connaissent Tendai, Masimba et Sibongile représentent les générations de Zimbabwéens d’aujourd’hui et de demain, qui malgré leur éducation moderne conservent des comportements bien ancrés vis-à-vis des superstitions, des tabous et de la spiritualité en général.














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