L’interdiction d’entrer sur le territoire américain pour les étrangers séropositifs ou malades du sida va être levée après avoir été en vigueur pendant 22 années. Cette loi controversée fut instaurée sous l’administration de l’ex-président Ronald Reagan, lorsque l’épidémie du sida avait atteint son paroxysme. Les Etats-Unis étaient alors l’un des rares pays à refuser catégoriquement l’entrée sur leur territoire des personnes porteuses du virus.
"Je ne suis pas un appareil d’arrosage venu propager le virus aux Etats-Unis, déclare du fond du cœur Jan Willem de Bruin, membre de l'Organisation néerlandaise pour l'Intégration de l’homosexualité (COC). Les séropositifs ne représentent pas un danger pour la santé publique. Je veux simplement rendre visite à mes amis." M. De Bruin a toujours considéré cette interdiction comme une mesure discriminatoire. Ses amis américains pouvaient se rendre en Europe sans problème, alors que lui était contraint d’user de stratagèmes pour leur rendre visite à son tour.
Trucs et astuces
Car effectivement, certaines astuces permettaient de contourner cette interdiction. Par exemple en taisant la maladie contagieuse sur le fameux formulaire de santé des services d’immigration américains. La plus grande difficulté consistait alors à faire entrer son traitement antirétroviral sur le territoire. "Si les médicaments étaient interceptés par les douaniers, il y avait de nombreuses explications à fournir", dixit M. De Bruin.
Certains séropositifs donnaient à leur séjour aux Etats-Unis le surnom de 'drug holiday'. Cela signifiait qu’ils interrompaient leur traitement en augmentant par-dessus le marché le risque que leur état de santé ne s’aggrave. Sans leurs antirétroviraux, ils couraient le risque de retomber gravement malades. Willem de Bruin avait pour sa part choisi de se constituer des réserves de médicaments aux Etats-Unis en les confiant à ses amis américains lorsqu’ils lui rendaient visite en Europe. "Ça, c’était effectivement une possibilité."
Abolition
En abolissant cette loi, les Etats-Unis envoient un signal important au reste du monde. Barack Obama veut que son pays tienne un rôle prépondérant dans la lutte mondiale contre le sida. Les Etats-Unis accueilleront même la conférence internationale sur le sida en 2012. Une conférence biennale dont les Etats-Unis furent privés pendant 22 ans en raison des restrictions en vigueur.
"C’est très curieux, nous confie M. De Bruin. "Il semblerait que même pendant le mandat de Bill Clinton, le temps n’était pas mûr pour abroger cette loi." Ce changement de législation n’est d’ailleurs pas uniquement à mettre sur le compte de Barack Obama. La durabilité de cette interdiction faisait déjà l’objet de débats houleux au sein du Congrès sous la présidence de George W. Bush. Le président républicain trouvait également que cette mesure était dépassée.
Un démarrage difficile
Rien n’indique que les séropositifs pourront entrer sans difficultés aux Etats-Unis à partir du 4 janvier 2010. Dans ce pays aux innombrables aéroports internationaux, il suffit qu’un seul douanier ne soit pas correctement informé. Willem de Bruin est "curieux de savoir quelles vont être les expériences de ceux qui entreprendront un voyage immédiatement après cette date".
Le site Internet de l’association HIV mentionne par précaution le numéro de téléphone de Immigrations Equality, une association de militants qui lutte pour l’égalité des droits d’immigration. Une personne refusée ne doit pas immédiatement reprendre un avion pour son pays d’origine, mais peut faire appel à leur expertise. Et Willem de Bruin ? "Je ne vais à New York qu’au mois de février. Tout le monde devrait être au courant de la nouvelle réglementation à ce moment là."
Liens externes :
Hiv-vereniging (en français, espagnol, portugais et anglais)
Immigrations Equality (anglais et espagnol)
Office of National Aids Policy (en anglais)
Hiv/Aids in the United States (en anglais et espagnol)
White House: Gearing Up for 2012 International AIDS Conference (en anglais)














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