"Le gouvernement ne s’inquiète pas de nous. Les politiciens ont uniquement besoin de nous en période électorale. Après les élections, nous sommes laissés pour compte" déplore le villageois Vusumi Hadebe. Au Zimbabwe, des milliers de villageois de la province asséchée du Matabeleland sont victimes d’une grave crise alimentaire.
Thabo Kunene
La semaine dernière, Angeline Masuku, gouverneur de la province, a convoqué les dirigeants des partis politiques et les fonctionnaires pour faire appel aux donateurs afin d'obtenir une aide alimentaire d'urgence. Les villageois meurent de faim et accusent le gouvernement de les avoir abandonné.
"Le gouvernement ne s’inquiète pas de nous. Les politiciens ont uniquement besoin de nous en période électorale. Lorsque les élections sont terminées, nous sommes seuls" s'indigne Vusumuzi Hadebe, habitant du district de Kezi - une des régions les plus affectées par la sécheresse.
Mauvaises récoltes
J ’ai rencontré Patricia Muleya, une vieille dame de 76 ans, à Entebe, une région reculée du Matabeleland sud. Patricia est diabétique et bien que ce soit elle qui ait besoin d’assistance, elle a la charge de six grands enfants.
Leurs parents sont décédés du sida il y a deux ans. Elle me confie qu’elle a des difficultés à obtenir de la nourriture auprès des Organisations Non Gouvernementales qui aident habituellement les personnes âgées.
“Mon fils, j’ai des problèmes et j’ai besoin de nourriture. Le gouvernement ne s’occupe pas du tout de nous”, me dit-elle. Elle m’explique aussi que les villageois des environs n’ont pas fait de bonnes récoltes cette année à cause des faibles précipitations.
Fuite
Le Matabeleland sud est considéré comme une région à faibles pluies et les habitants de la province sont dépendants de l’aide alimentaire depuis l’année 2000. Plus de 200 000 villageois seraient en insécurité alimentaire et seules 5000 tonnes de maïs ont été récoltées cette année.
“La situation est très grave. De nombreuses personnes meurent de faim car elle n’ont pas pu faire de récoltes. Les organisations d’aide alimentaire se sont retirées pour des raisons inconnues" déclare Andrew Langa, ministre-adjoint et président du parti ZANU-PF de la province du Matabeleland sud.
Le parlementaire Siyabonga Ncube accuse M. Langa et son parti d’avoir fait fuir les organisations d’aide alimentaire qui subvenaient aux besoins en nourriture des habitants de la province.
"Les gens ne mourraient pas de faim si Mugabe ne s'était pas opposé à la politique occidentale", déclare Siyabonga Ncube, qui avait failli être tué par Andrew Langa lors de la campagne électorale de 2005 au Matabeleland.
Siyabonga Ncube déclare que les organisations de secours se sont retirées après les accusations lancées par Robert Mugabe comme quoi ces organisations faisaient campagne en faveur de Morgan Tsvangirai, du MDC. Selon le bureau du gouverneur, 300.000 villageois de quatre districts différents ont besoin d’une aide alimentaire d’urgence.
Une fois par jour
A l’échelle nationale, 2,1 millions d’habitants ont besoin d’aide alimentaire, mais le gouvernement rejette ces chiffres. Le Zimbabwe a besoin d’environ 2 millions de tonnes de maïs par an. Selon le Famine Early Warning System américain, le déficit de céréales va probablement persister jusqu’à la prochaine saison des pluies en mars prochain.
Le Premier ministre zimbabwéen Morgan Tsvangirai a visité les régions du Matabeleland touchées par la sécheresse et a déclaré qu’il fallait 500 millions de dollars pour compenser le déficit alimentaire à l’échelle nationale.
A Gwanda, Thabitha Ncube, 56 ans, raconte à Radio Nederland que les gens dans son village ne mangent maintenant qu’une fois par jour à cause des déficits alimentaires.
"Je n’arrive plus à nourrir mes enfants. Je vieillis et je n’ai plus la force pour travailler", dit Thabitha, qui a quatre enfants. Mais selon l’ancien député de la circonscription de Bulilima East, Norman Mpofu, la différence, cette fois-ci, c’est qu’il y a de la nourriture dans les magasins, y compris de la nourriture de base, mais que les villageois sont si pauvres qu’ils ne peuvent pas se permettre de l‘acheter.














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