Les jeunes de Goma s’inquiètent d’un éventuel soutien du Rwanda aux mutins au Nord-Kivu. L’organisation des droits de l’homme Human Rights Watch HRW ainsi que les Nations unies ont fait état récemment d’un tel soutien.
Passy Mubalama, Goma
"Quand nous avons appris que le gouvernement rwandais était en train de soutenir une rébellion en RDC, nous avons été très affectés", déplore Grace Alika Zigabe. "C’est fort regrettable, après avoir connu les guerres à répétition dans la sous-région des Grands Lacs, pas seulement en RDC. Je parle du génocide au Rwanda, des graves crises au Burundi et des guerres à répétition en RDC en 1996, 1998 et 2006. Ces dates restent gravées dans nos têtes. C’est très décevant aujourd’hui de se retrouver dans la même situation", explique l’étudiant et militant des droits de l’homme à Goma.
Rapport dérangeant
Selon HRW, des responsables militaires rwandais auraient recruté – parfois de force - 200 à 300 Rwandais pour soutenir la mutinerie de Bosco Ntaganda dans le territoire de Rutshuru. Ntaganda est un ex-chef d'état-major du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP), une ex-rébellion tutsi-congolaise, qui avait été intégré dans l’armée congolaise après l’accord de paix du 23 mars 2009. C’est cette date qui a inspiré les mutins congolais de nommer leur mouvement M23, car ils revendiquent la pleine application de l’accord de paix de 2009.
Alors que ce soutien a d’abord été dénoncé dans un rapport publié par les Nations unies et ensuite par l’ONG HRW, le gouvernement de Kinshasa critique la passivité des autorités rwandaises face à ces graves atteintes à la paix et à la sécurité en RDC.
"Une chose est indéniable", dit Lambert Mende, porte-parole du gouvernement de Kinshasa lors d’un point de presse le 9 juin 2012 à Goma. "Le territoire rwandais a servi à la préparation d’une conspiration qui, après avoir commencé comme une mutinerie, évolue dangereusement vers un schéma de rupture de la paix entre deux pays de la région des Grands Lacs." Le gouvernent de Kigali rejette en bloc ces accusations.
Le rôle du Rwanda
Le point de vue des jeunes congolais sur cette affaire reste partagé. "Nous attendions avec impatience les résultats des enquêtes. Mais je pense que le gouvernement rwandais n’a pas du tout intérêt à ce qu’il y ait une guerre au Congo parque le territoire de Rutshuru est plus proche du Rwanda. Une guerre au Congo peut très facilement se polariser et se propager vers le Rwanda", estime Grace.
Ce qui lierait, selon HRW, les rebelles congolais du M23 au Rwanda serait la traque des FDLR, les Forces démocratiques de libération du Rwanda. Ces anciennes milices hutu sont soupçonnées d’avoir participé au génocide des Tutsi.
Beaucoup de jeunes de Goma sont convaincus que le rapport publié par HRW est fondé, et que cela pourrait influencer les relations qui se tissaient déjà entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Certains pensent que Kigali veut tout simplement s’approprier la province du Nord Kivu.
"Le Rwanda a toujours en vue de contrôler l’est de la RDC, et nous, les habitants, nous sommes les premières victimes. Petit à petit, il cherche à réaliser cette vision", explique Augustin Lukubushi Ntakobajira, un étudiant. Il n’est pas le seul à être convaincu que le pays voisin a des ambitions géopolitiques bien déterminées.
"Le Nord-Kivu ne fera jamais partie du territoire rwandais. Si le Rwanda pense qu’en soutenant la guerre au Congo, il pourra prendre nos richesses, nos minerais… il se trompe", pense Patrick Mundenke, un autre jeune de Goma. Pour lui, deux raisons pousseraient le gouvernement de Kigali à soutenir les mutins dans l’est de la RDC. D’abord les richesses et minerais du Kivu, mais aussi la partition du territoire congolais
pour agrandir son territoire.
"Je crois qu’ils (les Rwandais – ndlr) ont l’intention d’annexer une partie du territoire national congolais. C’est à la base de tout ce que nous connaissons aujourd’hui comme agression, insécurité, rébellion ici au Nord Kivu. Sinon, pourquoi, chaque fois qu’il y a une guerre au Congo, le nom du Rwanda y est-il mêlé ?", s’interroge un autre jeune, qui souhaite garder son anonymat.
Négociations ou pas ?
Alors que les deux pays devraient chercher une solution pour instaurer une paix durable entre eux, le porte parole du gouvernement congolais à Kinshasa, Lambert Mende, déclarait que "le gouvernement congolais ne négocierait pas avec les rebelles."
Les jeunes de Goma condamnent cette attitude : "Ne pas négocier avec la rébellion, c’est une erreur. Qu’est-ce cela coûte de négocier avec des rebelles, au lieu de laisser des populations civiles mourir à cause d’une guerre ? Je crois qu’il faut nécessairement négocier, car les populations déplacées doivent retrouver une vie normale", estime Grace Alika Zigabe. "Pour le moment, nous n’avons pas une armée républicaine unifiée. Notre armée est le fruit de plusieurs mixages et brassages. Par conséquent, nous ne sommes pas prédisposés à avoir une stratégie militaire assez cohérente", conclut-il.
Pour Patrick Mundeke, le gouvernement congolais a fait preuve de sagesse dans sa manière de gérer le problème. "Le gouvernement a attendu, il a mené des enquêtes, il a fouillé pour savoir où se trouve exactement la vérité par rapport à cette situation" Pour lui, la meilleure solution doit être diplomatique. Mais il n’exclut pas un conflit militaire. "Notre gouvernement doit envisager des négociations, mais en même temps il faut préparer les FARDC, l’armée congolaise, à toute autre éventualité."













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