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Les centres de tortures secrets de la Gambie
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Banjul, Gambie
Banjul, Gambie

Les centres de torture secrets de la Gambie

Publié le : 18 mars 2010 - 1:15pm | Par Rédaction Afrique (Photo: AFP/Roberto SCHMIDT )
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"J’avais les mains liées, la tête recouverte d’un sac en plastique noir… Ils m’ont aspergé d’eau froide et les quatre hommes de la Garde nationale se sont mis à me tabasser… jusqu’à ce que je perde connaissance", nous dit un ancien député gambien. 

Sheriff Bojang Jnr.

La Gambie est l’une des destinations de vacances les plus populaires en Afrique de l’Ouest. Chaque hiver, des milliers de touristes, en majorité en provenance du Royaume Uni, des Pays-Bas et de Scandinavie, se rendent en Gambie pour fuir le froid hivernal en Europe.

Que ce soit le temps ensoleillé ou la majestueuse rivière Gambie, les plages sablonneuses ou l’hospitalité chaleureuse de la population, la Gambie a beaucoup à offrir aux touristes. Et pour le touriste, ce petit pays africain est un véritable paradis. Mais il existe aussi une autre face de la Gambie, à mille lieues de celle qui est présentée aux touristes et dont ils tombent amoureux.

Ennemis nationaux
A moins de 15 kilomètres de la zone de développement touristique, là où sont situés la plupart des hôtels, se trouvent les quartiers généraux de la National Intelligence Agency (NIA), le service de renseignement gambien, ainsi que la prison centrale Mile 2. Il s’agit des deux centres de détention les plus tristement célèbres de la Gambie, où les autorités détiennent et torturent illégalement ceux qu’ils considèrent comme des ennemis de l’Etat.

Demba Dem
Demba Dem
Demba Dem est un ancien membre de l’Assemblée nationale, qui a obtenu son siège parlementaire sur la liste du parti au pouvoir du président Yahya Jammeh. A l’inverse de ses pairs, Dem était connu pour ses prises de position contre les propositions pro-gouvernementales, à ses yeux sujettes à controverse. De par son attitude, Demba Dem s’est retrouvé en conflit avec ses pairs et de hauts responsables du gouvernement qui l’ont affronté et menacé.

En mars 2006, les autorités prennent le prétexte d’une tentative de coup d’Etat pour s’en prendre finalement à leur ennemi. Dem se trouve dans son bureau au Parlement quand il reçoit une visite inhabituelle.

"Il était environ 1 heure de l’après-midi… Ils sont venus me dire qu’on voulait me voir aux quartiers généraux de la NIA. Quand je suis arrivé là, ils m’ont conduit à la prison centrale Mile 2. "

Les "gars en vert"
Après avoir été détenu pendant trois heures à la Mile 2, Dem est reconduit à la NIA, où il comparaît devant 35 membres du service de sécurité. "Ils m’ont dit qu’ils étaient là pour enquêter sur moi parce que j’avais joué selon eux un rôle dans le coup déjoué. Ils se sont mis à me poser énormément de questions et j’ai refusé de parler. Puis le chef du panel m’a dit qu’au moment où les ‘gars en vert’ en auraient fini avec moi je voudrais parler et qu’à ce moment-là leurs portes seraient fermées."

Les "gars en vert" sont des hommes armés masqués appartenant aux gardes les plus loyales du président, la Garde nationale. Les portes se ferment en fait sur Dem quand ils se rendent cette nuit-là à sa cellule à la NIA.

"J’avais les mains liées, la tête recouverte d’un sac en plastique noir… Ils m’ont aspergé d’eau froide et les quatre hommes de la Garde nationale se sont mis à me tabasser jusqu’à ce que je perde connaissance. Ils m’ont relevé et m’ont amené à nouveau voir le panel."

Quand Dem refuse une seconde fois de répondre au panel, il est ramené dans sa cellule où des membres de la Garde nationale lui rendent de nouveau visite. "Ils ont recommencé à me tabasser jusqu’à ce qu’ils se rendent compte qu’ils allaient me tuer, mais je n’ai pas parlé. Ils m’ont ensuite conduit à Mile 2, où ils m’ont gardé quatre mois, m’accusant de trahison et de conspiration."

La "mare aux crocodiles"
Un an plus tard, Demba Dem est relaxé et libéré par la Cour suprême de Gambie. Aujourd’hui, il vit avec sa famille en Europe. Mais les souvenirs de sa cellule de prison continuent de le hanter.

Demba était détenu et torturé dans la cellule de prison la plus tristement célèbre en Gambie, la "Bambadinka", ce qui signifie littéralement la "mare aux crocodiles". La Bambadinka est une cellule souterraine dans le quartier général de la NIA, où les adversaires politiques du président Jammeh, les journalistes et les suspects de tentative de coup d’Etat sont torturés.

Demba Dem décrit la Bambadinka comme une "cellule très dangereuse, un endroit petit et crasseux où les prisonniers dorment à même le sol. Ils reçoivent un bout de pain et moins d’un litre d’eau par jour. Il y fait sombre toute la journée et la cellule est pleine de moustiques".

Yahya Bajinka est un ancien officier de renseignements de la NIA. Quand son frère, un commandant de l’armée nationale et officier de la garde rapprochée du président Jammeh pendant cinq ans, fuit le pays après avoir été impliqué dans une tentative de coup d’Etat, Yahya et huit membres de sa famille sont arrêtés par ses collègues de la NIA
"Ils nous ont arrêtés pour savoir où se trouvait mon frère, ce que j’ignorais. A la NIA, nous avons été soumis à toutes sortes de mauvais traitements. Ils giflaient mon frère juste en face de moi… Ils le giflaient si fort que je pouvais voir le sang couler de son nez. Ils vous ouvraient la bouche, entraient un AK-27 et menaçaient de vous faire sauter la tête. Ils vous mettaient des électrochocs sur le corps."
Alors que Bajinka est incarcéré dans une cellule à régime léger, les membres de sa famille sont détenus et torturés à Bambadinka. "Bambadinka, c’est l’enfer. C’est très sale. C’est plein de moustiques. Il fait toujours noir, on ne peut même pas voir sa main. Ce n’est pas fait pour les êtres humains."
Un rapport publié récemment par Amnesty International et le Centre de recherche et de documentation pour les défenseurs des droits des femmes (WARDC) a accusé le gouvernement gambien d’enfermer des prisonniers dans des cellules de prison ultra sécurisées sans jugement. Les deux organisations ont également fait savoir que parmi les prisonniers figurent aussi des Nigérians.

Le gouvernement gambien a jusqu’à présent toujours rejeté ces accusations.

 

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