"Corruption ? Quelle corruption ? Ces pharmacies gérées par des infirmiers et infirmières corrompues ont sauvé la vie à des malades dans les townships", nous dit Mthuli Ndlovu, un chauffeur de taxi.
Par Thabo Kunene
Depuis longtemps déjà, la pénurie de médicaments dans les hôpitaux ne fait plus l’actualité. Par contre, ce qui fait l’actualité c’est quand des malades meurent pendant qu’ils font la queue devant les hôpitaux pour se procurer des médicaments, notamment des médicaments antirétroviraux (ARV).
Des malades souffrant de diabète, d’asthme, de pression artérielle trop élevée, de migraine et de paludisme sont décédés au Zimbabwe alors qu’ils faisaient la queue pour obtenir des médicaments.
Mais ceux qui ont de l’argent n’ont pas besoin d'attendre toute la journée. Ils savent où ils peuvent se procurer des médicaments facilement et à bas prix. Ils se fournissent dans ce qu’on appelle des "pharmacies d’arrière-cour", tenues par des infirmiers et infirmières employés dans les cliniques et hôpitaux du gouvernement.
Les infirmiers et infirmières mécontents du salaire dérisoire que leur verse le gouvernement, volent des médicaments dans les hôpitaux et les cliniques et les revendent à domicile. Certains d’entre eux ont ouvert ce que les Zimbabwéens appellent communément des "pharmacies d’arrière-cour" ou "pharmacies de chambre".
Certains médicaments que le personnel infirmier subtilise dans les hôpitaux sont offerts au gouvernement par des médecins occidentaux et par l’agence des Nations unies, l’UNICEF, qui paye les salaires du personnel infirmier depuis 2008.
L’UNICEF a commencé à prendre en charge leurs salaires en 2000, lorsque le régime était sur le point de s’effondrer après des années de mauvaise gouvernance et de corruption, et la reprise forcée des fermes commerciales appartenant aux Blancs.
Dans un mouchoir
"Tu trouveras tous les médicaments que tu veux dans les townships, mon frère. Ici, nous sommes au Zimbabwe et l’argent est roi", m’explique John, un très bon ami, qui m’a emmené dans une des pharmacies tenue par une infirmière du Mpilo Central Hospital, le plus grand hôpital de la province du Matabeleland.
John m’explique que toutes sortes de médicaments sont vendus à domicile. Il peut s’agir de médicaments antirétroviraux, d’antibiotiques, de contraceptifs et d’aphrodisiaques importés de Chine.
Pour me le prouver, il m’emmène dans une de ces pharmacies. Mais l’infirmière est absente et on nous demande de revenir vers 18 heures, lorsqu’elle sera rentrée de son travail.
Mon ami m’explique que l’infirmière refusera de me vendre quoi que ce soit si elle ne me connaît pas. Je lui demande d'acheter les médicaments pour moi lorsque nous reviendrons ce soir.
L’infirmière est chez elle quand nous revenons après 18 heures. John lui demande des antibiotiques pour un ami qui souffre d’une infection.
“Pour des antibiotiques, ce sera 20 dollars US", annonce l’infirmière. John lui donne l’argent. Elle disparait et revient avec les médicaments enroulés dans un mouchoir en cotton.
Des cacahuètes
Cette façon de vivre est devenue acceptable au Zimbabwe. Personne ne s’étonne du fait qu’un simple chauffeur habite une villa alors que son patron vit dans une toute petite maison avec sa femme et ses enfants car il n’ a pas les moyens d’en acheter une.
Le salaire que le gouvernement paye aux infirmiers varie entre 200 et 300 dollars US. Ce montant est minime par rapport au niveau de vie dans le pays.
"Vous ne pouvez reprocher au personnel infirmier de voler des médicaments au gouvernement. Ils sont payés des cacahuètes. Que voulez-vous faire de 200 ou 300 dollars lorsque les loyers augmentent ?", s’indigne Jacob Sibanda, un résident de Cowdray Park.
C'est la vie!
Mais l’organisme Zimbabwe Lawyers for Human Rights (ZLHR) condamne les infirmiers corrompus pour leurs actes et les accuse de mettre la vie des malades du sida en danger en volant des médicaments antirétroviraux. Bekezela Maponda, chargé de projet au ZLHR, reproche au personnel soignant d’agir par avidité et décrit leurs pharmacies comme des machines à sous.
"Oui, ces infirmiers et infirmières sont corrompus mais leurs pharmacies d’arrière-cour ont sauvé de nombreuses vies, en particulier celle de personnes qui tombent malades la nuit dans les townships", explique Mthuli Ndlovu, un chauffeur de taxi.
J'ai compris sa réaction lorsque j'ai découvert l'inscription "C'EST LA VIE" marquée en caractères gras sur son taxi. Bienvenue au Zimbabwe, camarade !













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