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Le micro-crédit, une affaire personnelle ou pas ?

Publié le : 15 janvier 2010 - 2:21pm | Par Mirjam van den Berg
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Voir sa vie transformée grâce à un crédit : voilà l’idée la plus claire qui se cache derrière Kiva, l’organisation de micro-crédit sans doute la plus populaire. Depuis 4 ans, Kiva a vu plus de 650.000 personnes emprunter près de 115 millions de dollars à 284.000 commanditaires.

 

Sentiment de proximité

C’est la simplicité de Kiva ainsi que son approche personnelle qui en a attiré plus d’un. Pim van Wel, qui a ces deux dernières années pu faire obtenir un crédit à 19 personnes dans différentes parties du globe, dit : Ce qui me plaît, c’est que je n’ai pas besoin d’être une banque pour aider les gens à monter leur propre affaire. Je sais à qui je dois prêter de l’argent, et à quelles fins il va servir. C’est ce sentiment de proximité qui fait en sorte que l’emprunt réalisé par l’intermédiaire de Kiva est plus attirant.

La procédure : les prêteurs surfent sur Kiva.org, lisent les histoires et regardent les photos des différents entrepreneurs en herbe. Ces commanditaires choisissent le profil qui les attire, peuvent voir la somme d’argent qui manque à tel ou tel projet, et versent à Kiva les 25 dollars nécessaires pour l’emprunt. Ensuite, Kiva transfère toute la somme vers un prêteur, qui finance l’emprunt de l’entrepreneur local. Il ou elle paie en retour l’emprunt sous formes de traites et le prêteur récupère son argent sans intérêt.

 

Histoires fictives

Mais en octobre dernier, David Roodman, chercheur américain au Centre pour le développement global, a accusé Kiva d’avoir placé en partie des histoires personnelles fictives sur son site Internet. En réalité, les commanditaires versaient de l’argent à des institutions de micro-finance qui avaient elles-mêmes déjà distribué le prêt. L’argent était tout de même utilisé pour d’autres projets de micro-financement.

Bien que cette affaire n’ait pas choqué outre mesure ceux qui se penchaient plus sérieusement sur le site de Kiva, la nouvelle a semé la confusion parmi la population.

 

Belle histoire


Irene Vermeij, des Pays-Bas, qui a créé 36 emprunts, était au courant des micro-financiers intermédiaires, mais néanmoins se sent en contact avec les personnes auxquelles elle a cru prêter de l’argent. "J’admire les personnes qui ont des rêves et qui travaillent dur pour accéder à une meilleure vie. Mais en y repensant, je peux comprendre que les prêts soient déjà alloués par une organisation de micro-finance avant de les afficher sur le site internet de Kiva. Il aurait été plus grave de voir que le fondement d’un emprunt dépende uniquement d’une belle histoire et de photos."

 

Pim et Irene ont financé des emprunts pré-déboursés par Sinapi Aba Trust, une organisation de micro-finance ghanéenne qui compte 90.000 clients à travers le monde. Joyce Owusu-Dabo, directrice des programmes de marketing : " Il ne serait pas pratique pour nous d’attendre avant qu’un emprunt ne soit totalement financé via Kiva. Nous regroupons des clients et nous leur donnons une formation avant de leur fournir un emprunt. Nous utilisons l’argent qui arrive via Kiva comme un financement de la dette pour les emprunts que nous avons déjà alloués. "

 

Financement individuel impossible

Adri Kemps, directeur du Bureau Central néerlandais des collectes de fonds (CBF), insiste sur le fait que les organisations intermédiaires sont vitales pour le micro-financement. Conclure des emprunts "de personne à personne" via Internet est presque impossible, spécialement dans les pays en développement. Les fermiers n’ont pas tous un compte en banque, il est nécessaire maintenant d’avoir un minimum d’infrastructure financière. Ceci dit, les histoires personnelles devraient refléter la réalité et ne pas avoir uniquement une fonction de promotion.

 

Faire face à la réalité


Et bien que les histoires et les photos soient les éléments les plus visibles sur le site Internet de Kiva, l’organisation a un peu diminué la part de l’aspect personnel depuis que sa transparence a été remise en question. Le slogan "Kiva vous permet de prêter votre argent à un entrepreneur choisi, lui donnant la possibilité de se sortir lui-même de la pauvreté" a été transformé en "Kiva relie les gens entre eux à travers l’emprunt pour soulager la pauvreté".

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Taux d’intérêt

Les personnes ne reçoivent pas d’intérêt sur l’argent qu’ils ont prêté et les institutions financières locales de micro-finance ne paient pas d’intérêt non plus à Kiva. Cependant, les prêteurs d’argent intermédiaires chargent leurs clients d’intérêts substantiels.
Sinapi Aba Trust demande entre 18 et 37% d’intérêt par année, suivant le type de micro-crédit demandé par le client. Joyce Owusu-Dabo : "Nous appliquons des taux parmi les plus bas au Ghana. Les banques nous chargent de 29% pour un emprunt, et nous travaillons avec de nombreux partenaires commerciaux qui ne nous prêtent pas de l’argent gratuitement non plus. Nous utilisons les intérêts que nous appliquons sur les prêts créés par Kiva afin de faire en sorte que nos honoraires soient raisonnables et pour pouvoir proposer une formation complémentaire à nos clients.

 

 

Les micro-crédits "ne vont pas sauver le monde"

 

Bien que les micro-crédits semblent constituer un nouveau départ pour de nombreuses personnes, Adri Kemps met en garde, et ne pense pas qu’ils constituent la solution unique pour mettre un terme à la pauvreté. "Les soins de santé et la sécurité alimentaire sont aussi importants pour le développement d’un pays, mais ils n’offrent tout simplement pas un bon retour sur investissement. Les micro-crédits forment une contribution importante pour augmenter l’aide au développement traditionnelle, mais ne pourront certainement pas la remplacer.

 

 

 

 

 

 

 

 

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