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samedi 1 novembre  
Une immigrante et son bébé à Melilla, en 2006 (Photo d'illustration)
Portrait de Jannie Schipper
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Berkane, Maroc
Berkane, Maroc

Le long périple d'une Libérienne enfermée au Maroc

Publié le : 29 août 2013 - 4:00am | Par Jannie Schipper (Photo : José Luis Roca/AFP)
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Des dizaines d’Africains enfermés dans un orphelinat au Maroc en attente de leur sort. Bienvenue à Berkane, ville située dans l’extrême nord-est du pays, juste après la dernière vague d’expulsion de demandeurs d’asile. La libérienne Aissatou Barry, 30 ans, raconte son long voyage.

"Abdullah ! On ne joue pas dans la mosquée !" Aissatou Barry appelle ses fils qui courent dans un couloir, faute de pouvoir sortir s'amuser dehors. Cela fait plusieurs jours que 33 femmes, 5 hommes et 27 enfants sont enfermés dans cet orphelinat, en attente d’une décision sur leur sort. 

"Ils me disaient : Madame, prenez vos enfants et suivez-nous"
"J’étais en train de dormir lorsqu’ils sont arrivés", dit Aissatou. "Ils me disaient : madame, prenez vos enfants et suivez-nous." Elle était la seule femme se trouvant dans le petit camp installé dans la forêt (de Gourougou, proche de Melilla, l’enclave espagnole, NDLR). "Les hommes se cachaient, mais je n’ai pas pu m'échapper avec quatre enfants. Et pour aller où ?"

Aissatou et ses enfants ont ensuite passé des heures dans un centre de déportation, puis à la gendarmerie. Des défenseurs des droits de l’homme affirment que les expulsions récentes ont fait une victime. Une femme aurait été poussée d’un bus, d’autres femmes enceintes auraient été battues. Le gouvernement marocain a réagi sur les incident en affirmant que les autorités auraient toujours respecté la loi.

"Moi, ils ne m’ont pas maltraitée", raconte Aissatou. Au centre de Berkane, les réfugiés reçoivent à manger et à boire. "Le seul problème, c’est qu’ils ne savent pas ce qu’il vont faire de nous", ajoute-t-elle. Les gendarmes gardent la porte pour empêcher les réfugiés de sortir.

Les centres fermés pour les migrants sont un nouveau phénomène, fait savoir l’UNHCR, l’Agence des Nations unies pour les réfugiés : "En principe c’est légal, dit Marc Fawe, porte-parole de l’UNHCR au Maroc, mais le statut de ces centres n’est pas clair." Deux autres centres similaires se trouvent également dans la région de l´Oriental.

En Côte d'Ivoire, "c’était la guerre, on tuait des gens, comme ça"
Aissatou avait dix ans lorsqu’elle a fui le Liberia après la mort de ses parents. Elle a trouvé refuge à Abidjan, en Côte d’Ivoire, où elle a pu trouver un travail de nettoyage dans un restaurant. Avec l’argent qu’elle touchait, elle achetait des aliments qu’elle revendait ensuite. "J’allais à côté du cinéma et je préparais des bananes cuites. Les gens qui sortaient du cinéma achetaient chez moi. Voilà comment j’ai payé mes études."

Puis Aissatou a rencontré son mari, pour ensuite connaître une période de sérénité : "Il m’a fait oublier mon malheur. Il m’a construit une maison, il m’a acheté une voiture. Jusqu’au jour où il a été tué. Mes enfants étaient là, mon plus petit avait deux mois. C’était la guerre, on tuait des gens, comme ça." Alors elle a encore fui, en rejoignant le Maroc par le Mali.

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"Un commandant de la gendarmerie a mis feu à ma tente"
Les deux années qui ont suivi, à Rabat, ont été dures. "Le moment le plus difficile a été lorsque ma fille de huit ans a eu un accident," raconte Aissatou. "Je n’avais même pas l’argent pour payer son docteur." Heureusement, elle a pu être aidée par une ONG.

Enfin, Aissatou quittera Rabat pour le bois de Gourougou, proche de Melilla, où elle vivra pendant six mois avec ses quatre jeunes enfants. L’UNHCR n’avait pas accepté sa demande d’asile et elle n’avait pas suffisamment d’argent pour vivre dans une maison.

"Les gendarmes me connaissaient tous", dit-elle. "Même les soldats me donnaient un dirham, pour mes enfants." Elle se souvient d‘une seule personne qui l’a maltraitée. "Un commandant de la gendarmerie a mis feu à ma tente et toutes mes affaires ont été brûlées. C’était l’hiver et mes enfants avaient froid. Je lui disais : sans la guerre, je ne serais pas ici."

Al hamdu lillah
Aissatou se fait beaucoup de soucis : "À Rabat, mes enfants allaient à l’école. Aujourd’hui ils n’apprennent rien. Que vont-ils devenir ?" Pour ne pas oublier ses malheurs, elle note chaque jour ce qu’elle vit : "Un jour, je donnerai ces notes à mes enfants. Le trajet qu’on a parcouru, comment on a souffert. À un certain âge, ils liront tout ça."

Pour Aissatou, la vie est une grande déception : "Si quelqu’un m’avait averti de ce destin, je ne l’aurais pas accepté. Mais Dieu me l’a accordé, alors je ne peux que dire : Al hamdu lillah [Dieu soit loué, NDLR]."

Cet article a d'abord été publié sur hunaamsterdam.nl. Depuis, selon des journaux marocains, la plupart des personnes enfermées ont pu quitter le centre de Berkane. Mais Aissatou nie cette libération et précise seulement que certaines personnes ont pu s'enfuir du centre. 

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