"Avez-vous votre propre aiguille"? me demande-t-il alors que je m’assieds sur une chaise d’hôpital pour avoir une prise de sang. "Mmm, non, je n’en ai pas", dis-je d’un ton hésitant. Sa main se glisse dans la poche de sa blouse blanche et il en retire une seringue. Je trouve cela bizarre. Ne devrait-il pas prendre la seringue dans une boîte spéciale ? Pourquoi dans sa poche ? Mais j’ai besoin de cette prise de sang et l’aiguille a un capuchon en plastique. Dans un état défaillant, je le vois enfiler ses gants blancs et en prendre un supplémentaire qu’il utilise pour mettre autour de mon bras. Je le laisse faire sa prise de sang.
| La Néerlando-Camerounaise Saskia Roskam (1982) sillonne actuellement pendant six mois la République démocratique du Congo. Dans notre chronique Le Congo appelle, elle nous fait part, tous les quinze jours, de ses impressions de voyage. |
Par Saskia Roskam
J’ai la malaria. Ce n’est pas la première fois que cela m’arrive, mais j’ai oublié. J’ai oublié comment cela vous handicape. Comment cela vous épuise. Comment vous sentez que quelqu’un vous injecte du poison à travers les veines et les intestins. Et les médicaments semblent empirer le tout. Vous êtes fatigué comme une bête et cela vous donne la nausée.
Manger
Maintenant tout médecin vous dira qu’il faut manger. Pour vous encourager à vous nourrir quand vous avez la malaria. Mais la seule chose que vous ressentez est que vous ne pouvez pas…
Donc à côté de moi, deux individus me regardent alors que je mange un morceau de pain et de fromage. Quand j’ai ingurgité le tout avec un peu d’eau gazeuse, j’ai l’impression que j’ai effectué un travail de force. Pour eux ce n’est pas assez. Ils remplissent à nouveau mon verre et ne donnent une nouvelle tartine. La journée sera longue.
Sans jambes
Après trois jours sous médicaments, je me sens un peu mieux. Je suis toujours fatiguée, mais la fièvre a tombé et les symptômes ont disparu. Je décide d’aller me promener. Après 15 minutes, je me sens comme quelqu’un sans jambes. Comme si mes genoux sont vides. Comme s’ils sont faits d’air et qu’ils peuvent s’écrouler à tout moment. Je retourne et vais dormir un peu plus.
Corps sain
Le sentiment d’avoir un corps sain est quelque chose que nous pensons aller de soi. Le silence d’un corps qui fonctionne, qui ne demande aucune attention et que nous pensons pouvoir utiliser au maximum quand nous le poussons dans ses limites. Dès que je me sens mieux, je recommence. Je sors ma caméra et commence à me contorsionner dans des positions impossibles.














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