La Néerlando-Camerounaise Saskia Roskam (1982) sillonne actuellement pendant six mois la République démocratique du Congo. Dans notre chronique Le Congo appelle, elle nous fait part, tous les quinze jours, de ses impressions de voyage.
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Je me réveille aux sons d’une fanfare militaire. Je m’habille rapidement, prends ma caméra et sors dans la chaleur étouffante du matin. Je me trouve dans la province de l’Equateur et il est clair que les pluies sont attendues ici pour une période de rafraîchissement bien méritée. Jusqu’à présent en vain.
Je suis les sons qui résonnent sur le terrain de l’hôtel.
“Vous allez filmer ici ?”, me demande l’un des employés de l’hôtel, alors que je m’approche. J’assiste à la scène et très vite un “non” sort de ma bouche. “Je suis suffisamment au courant pour savoir que le fait de filmer l’armée peut m’envoyer directement en prison.” Il me regarde perplexe et semble légèrement étonné par ma réponse.
Je reste là quelques minutes pour voir un étalage de force militaire. Un soldat m’aperçoit. Il voit ma caméra et se met à faire de grands gestes avec ses bras. Pour m’indiquer que je dois éteindre ma caméra parce qu’il est interdit de filmer. Je rentre donc à l’hôtel. Je sais quand je ne suis pas la bienvenue.
Dans ma chambre, je vide les séquences de la veille. Alors que je suis sur le point de supprimer les quatre derniers clips numériques de ma clé USB, quelqu’un frappe à la porte.
Pensant qu’on vient m’apporter mon seau d’eau chaude, je dis d’entrer. Mais je me retrouve nez à nez avec un lieutenant à côté de mon lit. "Bonjour madame. Je vous ai vue en train de filmer et j’ai à vous dire que c’est interdit", dit-il d’une voix grave. Je lui dis que je croyais en fait que c’était une fanfare et que je n’ai rien filmé. "Mais je viens de voir quelque chose sur votre écran. Montrez-moi ce que vous avez filmé", poursuit-il maintenant d’un ton impatient. Je lui montre que ma caméra est vide et essaie de le convaincre que ce qu’il a vu il y a quelques secondes sur l’écran était de vieux métrages que je viens de supprimer.
"Vous savez, j’ai été en Europe et je sais comment ça se passe là-bas. Là, ils vous confisquent aussitôt la caméra. Je devrais faire la même chose." Je le regarde alors qu’il se dresse au-dessus de moi. Je tente une tactique différente. "Je sais", dis-je en ouvrant de grands yeux. "Je sais très bien que les objets militaires ne doivent pas être filmés. Mais j’étais là en train de regarder, c’est tout." Il ne me croit pas complètement, mais comme je suis une femme, il se contente de ma version, je pense. Après quelques grognements, il quitte ma chambre.
Quelle façon de commencer la journée avec un lieutenant de mauvaise humeur dans ma chambre. Les choses ne peuvent qu’aller mieux par la suite !
Photo: Richard Franco Flickr.comCC













