Saskia Roskam
Saskia Roskam, née en 1982 d'un père camerounais et d'une mère néerlandaise, est en mission pour une durée de 6 mois à travers la RDC. Dans sa chronique bimensuelle, elle nous fait part de ses impressions sur son voyage.
Je suis en plein milieu d’un camp de réfugiés. Je décide d’arrêter de regarder dans mon viseur et dépose ma caméra. Je veux voir à l’œil nu ce qui se passe en face de moi. C’est la première fois que je suis dans un endroit pareil. Où tant de campements sont entassés les uns sur les autres. Où des familles entières vivent recroquevillées dans une seule petite hutte.
Un petit garçon me regarde. Son nom est Justin. Je me dirige vers lui et lui sers la main. Il ne peut pas avoir plus de 5 ans. Ses grands yeux bruns me regardent fixement alors que je me présente. Je lui dis ensuite que je suis très heureuse de le rencontrer.
Il s’accroche à ma main et me dit que ma présence est très appréciée et qu’il aimerait me garder ici.
Il y a quelque chose dans son tempérament calme qui fait qu’il n’a pas l’air d’un enfant. Mais c’en est un. Et il me demande de la façon la plus franche qui soit de rester vivre avec lui dans sa tente, parmi les centaines de réfugiés de ce camp.
Nous sommes dans la région de Massisi, dans le Nord-Kivu. Jusqu’à présent le paysage de cet endroit ressemblait au paradis, l’un des plus beaux que j’ai vus dans ce pays. Nous sommes à 2.000 mètres de hauteur. Des vaches paissent sur les collines dans l’air frais des montagnes. S’il n’y avait les nombreux bataillons de soldats de l’ONU, des FADRC etc. ainsi que les organisations de distribution d’aide alimentaire et les baraquements aux toits en plastique du HCR, on pourrait se croire dans les contreforts des Alpes.
Je lâche la main de Justin, car je dois partir. Nous ne sommes tous les deux que des passants dans nos vies mutuelles. Il est si jeune, si fragile et déjà si meurtri. Il n’a connu que la guerre, les cabanes et de nombreux passants comme moi. Nous arrivons, regardons à travers note viseur, prenons des notes et nous repartons…
C’est à contrecoeur que je me dirige à pas lents vers ma voiture et que je prends la route vers la ville. Vers mon hôtel, vers un autre monde… mon monde à moi.














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