On a passé beaucoup de temps dans un pays lorsque l’on commence à en connaître tous les recoins. J’ai pris l’avion seule pour Mbandaka, un petit village situé près de la rivière Congo. Le fait de connaître si bien l’endroit et les gens, donne d’une certaine manière le sentiment de rentrer chez soi.
Saskia Roskam
Saskia Roskam
Saskia Roskam, née en 1982 d'un père néerlandais et d'une mère camerounaise, est en mission pour une durée de 6 mois à travers la RDC. Dans sa chronique bimensuelle, elle nous fait part de ses impressions de voyage.
Et cela devient d’autant plus évident lorsque l’on commence à tomber sur des gens que l’on connaît et que le téléphone ne cesse de sonner.
Je ne connaissais pratiquement personne pendant les deux premiers mois de mon séjour au Congo. Je me sentais étrangère à ce lieu. J’aurais aussi bien pu éteindre mon téléphone car qui aurait souhaité payer les frais exorbitants d’une communication téléphonique à partir des Pays-Bas ? Entre nous, à un euro la minute, pratiquement personne !
Mais au fil du temps, et en particulier à Kinshasa – une mégalopole de dix millions d’habitants ! – la ville a pris l’allure d’un village. Et j’ai commencé à me rendre compte que le secteur du développement et des ONG était un monde très restreint. Tôt le matin, je croise de nombreux visages familiers sur le chemin de la boulangerie et de l’épicerie. Les sorties au restaurant sont aussi l’occasion de retrouvailles. Je reçois des appels de personnes rencontrées dans des endroits fascinants que j’ai visités, et qui m’invitent à passer le week-end avec eux. Petit à petit, je commence à faire partie de ce monde.
Et la situation devient de plus en plus bizarre. Je reçois un courriel d’un ami à New York, qui me prévient de sa visite dans le courant de la semaine prochaine. Puis un ancien collègue m’écrit car il arrive à Kinshasa pendant le week-end et il veut que l’on se voie. Pendant notre rencontre, il me parle d’une pièce de théâtre qui se joue dans un des quartiers de Kinshasa. Je m’y rends et tombe nez à nez avec le metteur en scène, qui s’avère être une connaissance de la ville où j’ai grandi. Tout d’un coup cette ville semble être l’endroit sur la planète où il faut être et l’on rencontre des gens partout. Le répertoire téléphonique de mon portable s’agrandit et soudain –comme si je ne l’avais jamais vue venir- c’est l’heure du départ.
Je pars pour faire un retour en arrière de six mois. Mais après un certain temps, même cela devient difficile. Je rentre pour retrouver ma famille et mes amis. Mais je me trouve dans une réalité déformée. En six mois, j’ai eu le temps de m’acclimater aux bruits, aux odeurs, au climat, aux visages et aux différentes réalités du Congo. Il est évident que je veux rentrer chez moi pour revoir mes proches. Mais j’ai aussi le sentiment de m’être attachée à cette partie du monde. Au fond de moi, je sens une douleur sourde et grandissante qui commence à m’envahir lorsque je monte dans l’avion L'un de mes amis - ne personne avisée - me confiait dernièrement que l'attachement était à l'origine de la souffrance.














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