“Je n’ai jamais pensé que le Sénégal atteindrait ce stade où l’on voit la police nous frapper et nous tirer dessus simplement parce que nous demandons au président de quitter le pouvoir. Je n’aurais jamais pensé que certains seraient brutalement tués parce qu’ils exerçaient leur droit démocratique de manifestation".
Par Sheriff Bojang jnr. in Dakar
Lemzo sevoue la tête en entendant la nouvelle dans les médias qu’un étudiant avait été renversé par un camion de la police lors d’une manifestation anti-gouvernementale.
Lemzo, un ancien commerçant de 24 ans, était l’un des milliers de jeunes Sénégalais qui s’étaient rassemblés sur la célèbre Place de l’obélisque de Dakar, afin d’appeler Abdoulaye Wade à ne pas briguer un troisième mandat.
Récemment, la méfiance qui régnait entre le gouvernement sénégalais et la jeunesse s’est amplifiée. Depuis le 23 juin, jour où des manifestations se sont déployées dans tous les coins du pays pour obliger le président à retirer son projet de réforme constitutionnelle, la jeunesse s’est constituée en groupes afin de mieux coordonner les manifestations de rue.
Un président aveugle
Lemzo, flanqué d’un tee-shirt noir avec une inscription multicolore appelant Wade à ne pas utiliser la force pour rester au pouvoir, est assis sur un petit cageot de bois et regarde ses semblables mettre le feu à des pneus de voiture. Il a été obligé de fermer son commerce l’année dernière à cause des coûts élevés des matières premières. Aujourd’hui, il est vendeur de journaux et arrive à peine à joindre les deux bouts pour nourrir sa famille.
“Tout cela aurait pu être évité… Les tueries, les blessés, l’incendie des pneus… tout. Si le président avait agi en accord avec les attentes des jeunes ou s’il avait au moins écouté leurs doléances, nous n’en serions pas là", ajoute-t-il.
Les jeunes, selon lui, sont en colère et frustrés depuis longtemps mais le président est resté aveugle. "Il pensait qu’il était intouchable et il pense qu’il continue à être un bon citoyen. Nous sommes maintenant au milieu d’une crise et nous nous combattons avec tous nos moyens. Mais il continue d’ignorer à le voir."
La décision du Conseil constitutionnel en faveur d’un troisième mandat pour Wade est la raison principale des derniers affrontements au Sénégal. Mais au cœur de tout cela, on reconnait les griefs de la jeunesse. Les jeunes manifestants dénoncent le chômage et le manque d’alternatives pour justifier leur participation à ces protestations.
Ne pas rester les bras croisés
Pour Mame Aida, un étudiant en dernière année d’université, "le bla-bla du Conseil constitutionnel est seulement un maquillage".
"La vraie raison pour laquelle vous voyez ici des dizaines de milliers de personnes est qu’elles sont presque toutes au chômage et sans espoir. Mes parents me tueraient s’ils savaient que je suis ici en train de manifester mais je ne peux pas rester les bras croisés alors que mes amis sont en train de se battre pour mon futur, ma vie", dit-elle.
Mame Aida se fait du souci pour son avenir après son diplôme, car les emplois de courent pas les rues ici.
Espoir
'Parfois, je me de demande quelle est la raison d’aller à l’école ici quand vous savez qu’il faut une chance énorme pour avoir du travail après. Mais avec ce que j’ai vu ici, j’espère qu’avant mon diplôme, le président sera obligé de partir et peut-être que le président nous créera de nouveaux emplois. Donc manifestons !"
Lever la main
Dans l’un de ses premiers meetings après son premier mandat, il y a 11 ans de cela, Wade avait rencontré des milliers de jeunes gens dans la foule et avait demandé à ceux qui n’avaient pas d’emploi de lever la main. Des milliers d’entre eux avaient levé la main et le président, qui était à l’époque très populaire, a promis de leur créer des emplois.
Mais pour Mame Aida, "ces milliers de mains sont toujours levées car ces jeunes sont toujours sans emploi".
Les manifestations des jeunes sont en train de se développer à travers le pays mais jusqu’à présent, Wade n’a donné aucun signe montrant qu’il allait les écouter et partir.
Mais Wade est un habitué des surprises. Ainsi qu’un commentateur de radio le disait, "il est très bien capable d’annoncer demain qu’il va jeter l’éponge."






















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