Pour les Néerlandais, elle est déjà baptisée la princesse des cœurs. En Afrique, la princesse Maxima des Pays-Bas est devenue l’avocate de la microfinance pour le compte des Nations unies, dans le but de combattre la pauvreté. Lors de son voyage au Sénégal et au Mali, elle essaie de prouver comment la microfinance peut transformer des rêves de financement et d’indépendance en réalité.
Dans les locaux de PAMECAS, un bureau spécialisé dans la microfinance à Dakar, plus d’une dizaine de femmes sont assises, attendant tranquillement leur tour avant d’être reçues par les responsables des services de microfinance.
Pauvreté
Toutes ces femmes ont un ennemi commun : la pauvreté. Elles ont recours à la microfinance afin de trouver un moyen de s’en sortir. Ndeye Toure est une femme de 48 ans, mère de trois jeunes enfants. Son mari est un ouvrier d’usine qui a travaillé dans la banlieue de Dakar dans les années 90, mais qui a été licencié pour des raisons de santé. Sans travail ni revenus, Ndeye ne pouvait pas envoyer ses enfants à l’école.
Afin d’arrondir les fins de mois et pouvoir fournir un repas sur la table familiale, elle fait la cuisine dans le voisinage pour des occasions comme les mariages ou toute autre cérémonie religieuse. Elle gagne tout juste de quoi acheter trois miches de pain pour son époux malade et ses trois enfants.
Sceptique
Fin 2009, Ndeye avait entendu parler de la microfinance par une de ses parentes qui avait compris le bénéfice que l’on pouvait tirer du financement populaire. Au départ, Ndeye était sceptique et pensait que sa parente, une personne ayant reçu quelque éducation, avait l’intention de profiter de la pauvreté et de l’illettrisme de sa cousine pour son profit personnel.
"Quand elle m’a dit qu’elle allait m’emmener au bureau de la microfinance afin de faire un emprunt pour commencer ma propre entreprise, j’avais des doutes, je ne me voyais pas, ni moi ni tous ces autres gens, prendre de l’argent à des personnes éduquées afin de commencer ma propre entreprise," raconte Ndeye.
Lait corporel
Cependant, après avoir vu que sa cousine avait mis son propre inventaire ménager en guise de garantie, Ndeye a pris confiance et a pu recevoir un prêt de 50.000 francs CFA (environ 75 euros) pour pouvoir débuter sa propre affaire. Elle a commencé à vendre des légumes dans les halles du marché, avant d’ajouter du savon et du lait corporel dans sa gamme de produits. Aujourd’hui, elle est devenue la fière propriétaire de trois magasins spécialisés dans les produits capillaires et corporels, ainsi que de nombreux étals dans les marchés de la ville de Dakar. Ses enfants vont à l’école et elle peut fournir du travail à au moins sept membres de sa famille.
Le cas de Ndeye est un exemple parmi d’autres montrant comment la microfinance, qui connaît actuellement un "boom", peut changer la vie de nombreuses femmes au Sénégal. Selon la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), près de 40% de la population du Sénégal (la plupart étant des femmes) a emprunté depuis 2003 de l’argent des bailleurs de fonds spécialisés dans la microfinance.
On compte actuellement environ 600 institutions de microfinance au Sénegal, et les petits prêteurs sont en constante croissance.
La princesse des gens du peuple
La lutte pour améliorer l’accès au financement au Sénégal connaît un regain d’intérêt cette semaine grâce à la venue de la princesse Maxima des Pays-Bas. Maxima est actuellement en voyage en Afrique de l’Ouest et va se rendre, outre au Sénégal, au Mali.
C’est en sa qualité d’avocate du développement de l’accès au financement pour le compte des Nations unies que Maxima des Pays-Bas a rencontré un certain nombre de personnalités sénégalaises, y compris le président Abdoulaye Wade et d’autres responsables non gouvernementaux.
Dans un entretien exclusif accordé à Radio Nederland à Dakar, la princesse déclare : "Mon objectif est de plaider pour l’accession à toute une palette de services financiers abordables pour toute personne qui en a besoin, accordés par un certain nombre d’institutions saines et durables."
Impressionnée par la microfinance au Sénégal
La princesse Maxima est impressionnée par la rapidité avec laquelle la microfinance s’est développée au Sénégal. Cependant, elle considère qu’il convient encore de consolider les institutions "afin qu’elles puissent réduire leurs frais et par conséquent réduire les taux d’intérêt pour les gens".
"Il y a encore de nombreux défis, dit-elle à propos de l’avenir du Sénégal, mais je pense pouvoir dire que nous avons de très bons entretiens et qu’il y a beaucoup de travail en route."
Bien que la microfinance ait changé la vie et le sort de nombreux Sénégalais, en particulier des femmes, certains experts ont souvent décrit cette initiative comme une façon pour les microfinanciers d’exploiter et de piéger financièrement les gens du peuple.

















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