La nationalisation des mines d’Afrique du Sud ne va pas résoudre les problèmes économiques du pays ni son énorme taux de chômage, qui s’élève à 26%. C’est ce que déclare la Free Market Foundation (FMF), après avoir mené une étude dans douze pays qui ont connu dans le passé une intervention de l’Etat. Ces mêmes nations ont fait l’objet d’une étude initiée par l’ANC sur les bénéfices éventuels d’une nationalisation.
Miriam Mannak, Johannesburg
Depuis les élections présidentielles de 2009, le débat sur la nationalisation n’a pas quitté la scène politique. Le débat a été lancé par Julius Malema, l’ancien leader de la Ligue des jeunes du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir en Afrique du Sud.
Industrie minière
Agé de 30 ans, l’impétueux Julius Malema a été récemment suspendu pour cinq ans de ses fonctions pour avoir suscité de sérieuses divisions au sein de l’ANC et terni la réputation du parti au pouvoir.
"L’appel à la nationalisation se base sur l’idée qu’une industrie minière appartenant à l’Etat génère davantage de revenus pour le gouvernement que lorsqu’elle est entre les mains du secteur privé", dit Vivian Atud, maître de conférence à la Wits University de Johannesburg et économiste à laFree Market Foundation (FMF).
"Malema et d’autres pensent que la propriété publique bénéficiera à la population, que les ressources naturelles, une fois nationalisées, serviront au bien public et que les bénéfices tirés des mines seront distribués plus équitablement parmi un plus grand nombre de gens", ajoute-t-elle. "Ils affirment aussi que la nationalisation entraînera une plus grande efficacité et la création d’emplois. Les partisans de la nationalisation font souvent référence aux pays économiquement sains qui ont connu des nationalisations."
Intervention de l'Etat
Alors que les autorités nationales déclarent que la nationalisation n’est pas envisagée, elles ont chargé un groupe de spécialistes indépendants d’étudier douze pays aux richesses minières ayant connu dans le passé une intervention de l’Etat : le Chili, la Norvège, la Suède, la Finlande, la Zambie, le Brésil, le Venezuela, le Botswana, la Malaisie, la Chine et l’Australie.
L’objectif est de voir si une nationalisation pourrait être bénéfique à l’Afrique du Sud. Le résultat de l’étude sera publié dans le courant de l’année prochaine.
Entre-temps, la FMF a mené ses propres recherches, se concentrant sur les mêmes pays qui font l’objet de l’étude commanditée par l’ANC.
La conclusion globale de la FMF est que l’intervention de l’Etat n’a pas vraiment bien fonctionné ailleurs et qu’elle n’a pas été la force motrice à l’origine de la prospérité et de la croissance économique des pays riches.
"Deuxièmement, l’Afrique du Sud ne peut être comparée à la plupart des pays qui ont été étudiés, tout simplement parce que la plupart d’entre eux ont par tête d’habitant un produit intérieur brut bien plus élevé. En plus, le coefficient de Gini de l’Afrique du Sud, qui mesure le niveau d’inégalité, y est bien plus élevé que dans les autres pays", poursuit Vivian Atud.
Efficacité
Le Chili est l’un des pays à être étudiés à la demande du gouvernement sud-africain. "Entre 1955 et 1972, les autorités ont nationalisé les mines de cuivre – ce qui a entraîné une baisse de la production. C’est pour cette raison qu’à partir de 1983 les autorités chiliennes ont autorisé le secteur privé à revenir, après quoi l’industrie du cuivre a commencé à prospérer, explique Vivian Atud. Le Chili nous apprend que ce n’est pas la nationalisation mais la privatisation qui stimule la production et la croissance économique."
La Suède, l’un des pays les plus prospères de la planète, a également fait l'objet d'une étude. "Le gouvernement suédois n’a pas repris de compagnies privées, comme le veut Malema, mais a lancé ses propres entreprises, dit Vivian Atud. La Suède est devenue ce qu’elle est actuellement, grâce à son efficacité. C’est une leçon que l’Afrique du Sud devrait apprendre de ce pays."
Troisième pays à avoir fait l’objet d’une étude faite à la demande du gouvernement sud-africain : la Chine. "On ne peut pas vraiment parler de nationalisation en Chine, parce que tout appartient en premier lieu au gouvernement. Avant 1980, cette construction n’a pas conduit à une croissance rapide mais plutôt à une économie stagnante", fait remarquer Vivian Atud, soulignant que l’économie chinoise a commencé à croître quand le secteur privé s’est vu accorder une place plus importante.
Politique économique forte
En Zambie, la nationalisation n’a pas marché non plus. Entre 1966 et 1999, le gouvernement zambien a nationalisé les mines de cuivre, ce qui a entraîné une baisse de la production et de l’économie. "Par conséquent, les autorités zambiennes ont été obligées de dénationaliser les mines de cuivre après 1999. Depuis, le secteur a de nouveau augmenté", dit Vivian Atud.
Ainsi, la plupart des pays qui ont été étudiés à la demande de l’ANC n’ont pas bénéficié de la nationalisation. "Leur économie n’a pas cru, ajoute l’économiste. Sur cette base, la nationalisation en Afrique du Sud n’est pas une solution aux problèmes économiques urgents du pays. Elle entraînera très probablement une baisse de la productivité, un déclin de l’efficacité et ne créera pas davantage d’emplois. Ce dont nous avons besoin, c’est une politique économique plus forte."














Placez votre commentaire