La scène musicale kényane connait une vague du genre musical Afrofusion et les Néerlandais en sont pour quelque chose. Selon Chris Adwar, producteur kényan célèbre et respecté et directeur artistique du Villagers Band, le Dutch Festival Mundial a contribué à influencer le développement de l'Afrofusion kenyane.
Par Caasi Sagalai, à Nairobi
Chris Adwar se souvient comment, au début des années 2000, les responsables de l'audition du Dutch Festival Mundial ont fait la rencontre de musiciens alors que ces derniers étaient sur le point de mettre sur pied des percussions et des tenues de scène susceptibles d'être considérées comme africaines. "L'objectif était alors une participation à une tournée européenne, la musique était destinée à un public étranger. Ce fut ainsi la naissance de l’Afrofusion", explique Adwar.
Rythmes africains et instrumentation mondiale
L'Afrofusion est un style qui mêle les rythmes aux sonorités d'origine africaine, les influences et l'instrumentation musicale en provenance d'autres parties du monde. Cependant certains Kenyans soutiennent que le rythme Afro dans la fusion ne constitue ni un reflet, ni une vitrine des sonorités kenyanes. Selon eux, le but de l'Afrofusion est d'impressionner un public en grande partie étranger, précisément d'Europe et d'Amérique du Nord s'il faut se fier à la présence des foules d'Européens aux spectacles.
Les concerts d’Afrofusion sont riches en mélodie, harmonie, costume, percussion et ensembles. Les prestations sont galvanisantes ; pleines d'action, de mise en scène, d'originalité et d'effets théâtraux. Elles associent toutes des orchestres qui se produisent en direct et des chanteurs d'accompagnement. Les principaux artistes d’Afrofusion du Kenya tel Suzana Owiyo, Harry Kimani, Absalom Nyinza, Makakem Yunasi ont tous travaillé dans le cadre du Dutch Festival Mundial au début de leurs carrières.
Profane
Il est dit que les artistes ont conçu ce rythme afin de faire des tournées dans le monde avec des concerts au programme, s'enrichissant tout en présentant ce qui peut être perçu comme étant africain. Pour d'autres, ce genre musical n'est pas destiné à la scène locale. "Il s'agit d'un autre type de musique destiné à des personnes qui apprécient les œuvres musicales d’une façon particulière. Cette musique n'est pas destinée au profane. Elle cible les personnes capables de disséquer la musique", déclare Lily Karanja, activiste kenyane des Droits de l'Homme.
L’artiste-compositeur et producteur Jobie Mtukampuni affirme que "L'Afrofusion est une expression de la musique urbaine africaine. Cependant certaines personnes s'interrogent sur l’efficacité de la fusion entre le style Afro et l'Afrique. Les prix d'entrée et l'organisation des concerts d'Afrofusion sont réservés à des classes assez nanties, étant donné qu’elles sont véritablement hors de portée des Kenyans locaux. Il s'agit probablement de la raison pour laquelle les Kenyans pensent que ce style de musique est un peu élitiste". Toutefois, ce rythme musical paraît populaire au sein des communautés expatriées du pays.
Influence néerlandaise
Un ancien émissaire allemand amoureux de musique, Walter Lindner, appréciait tellement l'Afrofusion qu'il a entrepris de se produire aux côtés d'artistes adeptes de ce rythme au point d'organiser des concerts dans sa résidence. Sarakasi Trust, basé en Nairobi et qui entretient des relations étroites avec les Pays-Bas, a pris des dispositions pour tous les artistes locaux d'Afrofusion.
Cependant, certains Kenyans pensent autre chose de ce type de musique. "Certes l'Afrofusion n'est pas entièrement orientée vers l'Europe ; mais, il faut admettre qu'elle n'est pas destinée au commun des Kenyans. L'organisation des concerts est coûteuse et les artistes sont sélectionnés. L'Afrofusion est un style de musique qui ne passe pas sur des chaînes de radio populaires ou sur les médias. Vous devez acheter les albums afin d'apprécier les morceaux. Le prix n'est pas à la portée de plusieurs". affirme Sian Sairo, étudiant en droit à Nairobi.
Cependant les actes de l'Afrofusion kenyane continuent de susciter des réactions favorables au sein des médias locaux, à travers la création d'un tout nouveau rythme présent dans divers albums d'artistes kenyans. Et les Néerlandais y sont pour quelque chose.













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