Par Luisa Fernanda López
Un Boeing atterrit sur une piste de fortune à Gao, au Mali, avec 10 tonnes de cocaïne à son bord. Les cartels de la drogue d’Amérique latine ont découvert l’itinéraire africain pour atteindre l’Europe.
Le trafic de stupéfiants par la côte ouest de l’Afrique est considéré comme le moyen le plus fiable d’acheminer la drogue vers les consommateurs en Europe. La « route atlantique » (Amérique du Sud – Portugal – Espagne) étant de moins en moins accessible, les trafiquants de stupéfiants se sont rabattus sur l’Afrique de l’Ouest, une région excessivement pauvre aux gouvernements peu scrupuleux et dont les côtes échappent presque toujours à la surveillance.
Vases communicants
“Le trafic de drogue principalement à destination de l’Europe, transite maintenant par la voie africaine. Souvent à travers ces petits pays dont les gouvernements sont faciles à corrompre, mais aussi par des régions plus étendues et plus stables comme le Nigeria et l’Afrique du Sud”, raconte Wil Pantsers, directeur du centre d’études sur le Mexique de l’Université de Groningen.
A chaque fois qu’un gouvernement présente fièrement ses statistiques démontrant les progrès de la lutte contre le trafic de drogue dans son pays, des échos diamétralement opposés nous parviennent d’une autre région du monde. La loi de l’offre et de la demande qui définit le marché s’applique donc aussi au trafic de stupéfiants.
Des Etats faibles
40 tonnes (27%) de cocaïne consommée par les européens sera passée par différents pays d’Afrique de l’ Ouest comme le Nigeria, le Ghana, le Libéria, la Sierra Leone, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Cap-vert, le Sénégal, le Mali ou la Mauritanie. L’héroïne importée d’ Asie, que l’on retrouve dans les rues de Londres ou d’Amsterdam transite par les aéroports internationaux de l’autre côté du continent. C’est ce qu’indique le rapport annuel de l'Office de l'ONU contre la drogue et le crime (ONUDC).
Cette croissance rapide n’est pas seulement le résultat de la créativité et de la grande expérience des cartels de la drogue d’Amérique Latine. La faiblesse des Etats avec lesquels ils traitent et la pauvreté extrême de ces régions en font une cible idéale pour leurs pratiques illicites.
Dépourvue de moyens
La Guinée-Bissau est l’exemple parfait d’un état extrêmement violent, où le trafic de drogue règne jusque dans les fins fonds du pays. Tom Blickman, de l 'Institut transnational d’études politiques d’Amsterdam, souligne l'extrême faiblesse du gouvernement guinéen: « Il n’y a aucun moyen de contrôler le trafic de stupéfiants en Guinée-Bissau. Les policiers n'ont pas de voiture ni même de radio. Ils n'ont rien. »
Ces dernières années, les cartels mexicains de la drogue ont conquis le marché international. Quatre-vingt dix pour cent de la drogue aux États-Unis y est entre par le Mexique. Ensemble, les mafias mexicaine et colombienne forment un réseau criminel d’envergure internationale qui va bien au-delà des frontières, même des océans.
Corruption
Au Mexique, ni l’armée, ni la police ne peut venir à bout des gangs de la drogue.
Les violences liées au trafic de stupéfiants ont fait plus de cinq mille victimes en 2009. Le commerce s'est infiltré jusque dans les plus hautes sphères du monde politique et policier.
Le Mexique - qui est une plaque tournante importante pour la drogue en provenance de la Colombie, du Pérou, de la Bolivie, et à destination du Nord - a vu ses cultures de marijuana et de pavot augmenter de façon spectaculaire. Ce qui frappe le plus les chercheurs est l’augmentation de la production de drogues synthétiques.
Plaque tournante
Le Mexique est déstabilisé par sa position-clé sur la voie d’acheminement de drogue, a déclaré Luis Astorga, de l'Université nationale autonome du Mexique: «la position qu’ occupe l'Amérique centrale dans l’ acheminement de la cocaïne est de plus en plus importante. Les Caraïbes et l'Amérique centrale – dont les gouvernements sont beaucoup plus faibles - subissent immédiatement le contrecoup des victoires enregistrées par le Mexique dans la lutte contre le trafic de stupéfiants.
La lutte contre le commerce mondial de la drogue est un défi majeur pour la communauté internationale, peut-être même plus grand que celui la lutte contre le terrorisme international. Le trafic de stupéfiants n’anéantit pas seulement les démocraties mais déstabilise des pays et des régions entières.
















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