Article d'opinion
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Les pays qui souffrent de pénuries alimentaires – notamment les pays africains – doivent commencer à produire eux-mêmes leurs aliments. Et ils en sont capables. Les techniques agricoles modernes peuvent accroître la production, mais uniquement si les pays concernés sont prêts à les adopter.
C’est l’opinion du Dr Dirk Bezemer (né en 1971), professeur associé d’Economie du développement à l’université de Groningue, ville du nord des Pays-Bas. "Le rôle de l’Occident va diminuer à long terme, mais entre-temps les pays occidentaux peuvent aider à résoudre la question des spéculations alimentaires. Cela contribuerait grandement, car la hausse des prix alimentaires est une des causes de la malnutrition dans le monde."
Augmentation relative et absolue
Au cours des quinze dernières années et surtout depuis 2005, le nombre de personnes souffrant de malnutrition a de nouveau augmenté, une augmentation aussi bien relative qu’absolue. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture FAO, le nombre de personnes souffrant de la faim a diminué de 870 millions en 1969 à 770 millions en 1995. Aujourd’hui il atteint probablement les 1 milliard.
Ironiquement, les causes de la faim sont également liées au développement économique, dit Bezemer : "L’accroissement de la malnutrition est notamment liée aux prix en hausse. Et cette hausse est causée par le succès en Asie du sud-est. En 1960, les pays comme la Chine, l’Indonésie et l’Inde avaient une malnutrition plus élevée, mais grâce à leur croissance économique, les chiffres ont beaucoup diminué. Ces pays consomment maintenant plus, surtout plus de viande, faisant ainsi grimper les prix".
Spéculation et achat de terres
Mais les spéculations alimentaires jouent également un rôle, affirme Bezemer. "Grâce aux politiques monétaires flexibles depuis 2002, après la crise de la bulle Internet, de grandes quantités d’argent ont été créées. Et cet argent générait encore plus d’argent. Mais lorsque les actions et les capitaux fonciers ne rapportaient plus, de nombreux investisseurs se sont tournés vers les produits alimentaires. Il y a eu un triplement des actions et des contrats dans le marché alimentaire depuis 2002. Depuis, les prix alimentaires ont doublé et des études ont démontré qu’il y avait un lien".
Alors que les plus pauvres dans les pays en voie de développement dépensent environ deux tiers de leurs revenus pour se nourrir, l’augmentation des prix les affecte directement. Bezemer est favorable à un plus grand contrôle des spéculations alimentaires au moyen d’une régulation. "Un autre facteur est l’achat de terres par des pays comme la Chine, la Corée du Sud et divers Etats du Golfe, qui s’accaparent de grandes surfaces agricoles en Afrique. Oxfam estime que les investisseurs étrangers en Afrique sont propriétaires d’une superficie de terres cultivables de quatre fois la France. La plus grande part des récoltes est exportée, donc moins d’aliments sont disponibles et les prix augmentent. En théorie, de tels investissement peuvent stimuler les économies locales, mais cela n’a pas encore été démontré dans la pratique."
Aide au développement
Bezemer croit que des solutions à long terme doivent être trouvées dans les pays qui souffrent de pénuries alimentaires. En Afrique, l’agriculture s’est très peu développée au cours des 25 dernières années, depuis les années 80. "On croyait que développer d’autres secteurs serait plus profitable, mais c’était une grande erreur. En 2008, la Banque mondiale publiait le rapport L’agriculture pour le développement, accentuant le fait que l’agriculture forme la base d’un développement plus large. C’est également ce qui s’est passé aux Pays-Bas", explique Bezemer.
L’innovation est perçue comme l’élément-clé pour bannir la malnutrition hors du monde. Plus de terres doivent être cultivées, mais surtout les rendements par hectare doivent être accrus par l’irrigation, l’usage d’engrais, l’introduction de nouvelles semences et de techniques agricoles modernes. L’Occident peut apporter son soutien, mais la responsabilité primaire doit être prise par les gouvernements des pays concernés, selon Bezemer. "Une transition réussie vers l'agriculture à haute intensité de capital investi a toujours été soutenue par des gouvernements stables ayant une vision à long terme et qui ne se fiaient pas aux mécanismes du marché libre."
Bezemer a des doutes sérieux quant à l’Afrique, mais reste optimiste : "Je doute si, avec tous ces gouvernements instables, l’Afrique sera en mesure de réaliser cette transition à court terme. Les paysans ont généralement une influence limitée sur les politiques agricoles car ils sont pauvres. Cependant, de nombreux pays ont des ressources qu’ils peuvent investir dans l’agriculture, notamment grâce à l’augmentation des prix au cours des dernières années. Il y a déjà des signes d’investissement agricole et de productivité à la hausse. Si cette tendance continue, l’Afrique pourrait connaître sa propre révolution verte au cours du 21ème siècle".














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