"Je reçois des menaces de mort par téléphone et parfois il m’arrive d’être suivi par des inconnus. Je suis sans cesse en train de contrôler qui est devant moi, derrière moi ou à mes côtés", dit Farai Maguwu, un défenseur zimbabwéen des droits de l’homme.
Nkosana Dlamini, Harare
Farai Maguwu est directeur du Centre for Research and Development (CRD), une organisation bénévole qui a suscité l’irritation du régime du président Robert Mugabe en signalant les assassinats, tortures et travaux forcés endémiques de civils par l’armée dans les gisements de diamants de Marange, dans l’est du Zimbabwe.
"La vie est extrêmement difficile. Je vis au jour le jour, dit-il. A nos bureaux, il y a des agents de l’Etat qui sont postés très souvent à la grille pendant la journée, contrôlant qui entre et qui sort. Je crains pour ma vie, poursuit-il, mais j’essaie de ne pas être parano en ce qui concerne ma sécurité. Je m’efforce de mener une vie normale, comme toute autre personne. La situation des droits humains au Zimbabwe continue d’être terrible. Les citoyens ne sont pas protégés par la loi."
Le militant pour les droits de l’homme a été incarcéré pendant un mois : il aurait divulgué des preuves de brutalités commises par l’armée contre des membres du processus de Kimberley, une initiative visant à mettre un terme au commerce de diamants tachés de sang. Il a par ailleurs été qualifié d’ennemi d’Etat.
Incarcération
Durant son incarcération, Farai Maguwu est tombé gravement malade, tandis que les policiers qui enquêtaient sur lui ont empêché les médecins de le voir.
"Ma condition s’est aggravée et à un moment j’ai commencé à sentir la mort. J’ai pleuré, pensant que ma vie allait finir prématurément."
Plus tard, les médecins l’ont opéré pour lui enlever les amygdales, qui s’étaient enflées, mais il a encore été obligé de passer deux semaines à se remettre de l’opération tout en étant dans une cellule de prison.
"Quand j’ai été relâché de prison, on m’a énormément pressé pour que j’en fasse moins. J’ai senti que les risques élevés qu’impliquaient mes activités de surveillance s’étaient intensifiés autour de moi", dit-il encore.
"En même temps, j’avais la profonde conviction que je ne devais pas trahir ma conscience. J’ai décidé de poursuivre mes activités. J’ai confié ma vie à Dieu et c’est dans Ses mains que je me réfugie."
Mais ce n’était pas toujours l’horreur pour le militant des droits de l’homme, qui a partagé des moments moins durs avec ses persécuteurs.
"Je blaguais avec certain agents de sécurité. Récemment, j’en ai rencontré un à un carrefour dans la ville de Mutare. Il m’a dit : Hé, Maguwu, quand est-ce que tu vas à nouveau être arrêté ?"
Farai Maguwu qualifie de pure "rhétorique" les déclarations continues de l’Etat comme quoi il était un agent des gouvernements occidentaux résolus à empêcher le Zimbabwe à faire le commerce de ses abondants diamants, qui constituent 30% des gisements de diamants bruts dans le monde.
Les autorités zimbabwéennes voient le pays émerger des dix années de crise économique grâce aux exportations de diamants.
"Les questions en faveur desquelles nous plaidons sont d’ordre domestique et sont facilement vérifiables. Nous disons que le gouvernement devrait arrêter de brutaliser les citoyens afin d’assurer les diamants, dit Farai Maguwu. Les diamants ne devraient pas enrichir quelques personnes, comme c’est le cas actuellement et dans un avenir prévisible, mais devraient plutôt profiter à tout le pays."
Mais pour Farai Maguwu, la décision du processus de Kimberley en novembre dernier de lever l’interdiction sur le commerce de diamants de Marange ne servira qu’à remplir les poches d’une petite minorité plutôt qu’à aborder les graves violations des droits humains. "C’est en grande partie un chèque blanc aux quelques privilégiés qui profitent des diamants de Marange", ajoute-t-il.
Militantisme extraordinaire
L’organisation humanitaire Human Rights Watch a récemment rendu honneur à Maguwu, diplômé du European University Centre for Peace Studies, en lui attribuant le prix Alison Des Forges en raison de son militantisme extraordinaire.
"Le fait d’avoir été choisi parmi de nombreuses personnes prestigieuses faisant un travail incroyable pour les droits de l’homme revêt une grande signification pour moi. Je ne cesse de me demander sarcastiquement : Pourquoi moi ?"
Le travail de Maguwu est loin d’être achevé, semble-t-il.
















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