Jane Goodall est arrivée au Parc national de Gombe, en Tanzanie, il y a cinquante ans pour effectuer des recherches sur les chimpanzés. Choquée par les dévastations écologiques autour du parc, la primatologue reconnue dans le monde entier quitta la jungle dans les années quatre-vingt-dix pour devenir militante. Aujourd'hui, elle sauve des singes grâce au microcrédit.
Une petite femme gracile aux cheveux gris. La célèbre primatologue a 76 ans, mais cela ne semble pas lui faire de tort. Elle parcourt le monde sans relâche pour parler des succès et des déceptions de la lutte pour la préservation de la nature, des bouleversements subis par les habitants des villages voisins de la réserve de chimpanzés de Gombe, et de l'indéracinable commerce de la viande de brousse.
Déboisement
Dans les années soixante, la Tanzanie fut envahie par des réfugiés en provenance du Congo, une ancienne colonie belge. Dix ans plus tard, tout le monde prenait conscience de la rapidité du déboisement, raconte Jane Goodall. La pression démographique augmentait de façon incroyable en raison d'une forte natalité et des flux de réfugiés de plus en plus importants.
“Ce n'est qu'au début des années quatre-vingt-dix, alors que je survolais la région, que je me suis rendu compte qu'en dehors du parc, tout était déboisé”, explique-t-elle. “Gombe était une petite oasis verte entourée d'une plaine aride, où l'érosion et les coulées de boue étaient libres d'agir à leur guise. Seuls quelques arbres poussaient encore sur les flancs de profonds ravins, que même les fermiers les plus désespérés ne pouvaient atteindre”.
Protection de la nature
Le nombre de chimpanzés diminuait proportionnellement. A son arrivée en 1960, la population de chimpanzés en Afrique centrale et de l'Ouest était d'environ deux à trois millions. En 1986, il n'en restait plus que 300.000, répartis dans des zones éloignées les unes des autres.
C'est après avoir survolé la région que la militante se rendit compte que les chimpanzés n'avaient aucune chance de survivre si la vie des hommes qui partageait leur habitat ne s'améliorait pas. La primatologue quitta la forêt et se dédia entièrement à la protection de la nature. Ainsi fut créé le programme Tacare (Take Care) de l'Institut Jane Goodall.
Indépendance
Mis à part les projets agricoles et les programmes de santé publique et d'éducation, TaCare s'adresse également aux femmes. Grâce au microcrédit, celles-ci augmentent leur indépendance et peuvent ainsi participer au dialogue sur la protection de la nature.
Gertruda en est un très bel exemple, raconte Goodall. “Gertruda a fait une demande de microcrédit pour commencer une pépinière. Elle a pu vendre ses arbustes et rembourser son prêt. Ensuite elle a obtenu un nouveau crédit pour agrandir son entreprise et s'est lancée dans la culture de légumes. Aujourd'hui, cette femme est propriétaire d'un petit commerce bien achalandé. Elle est devenue indépendante.
La microfinance a toujours fait partie intégrante de la lutte contre la pauvreté, mais, grâce à cette nouvelle approche, Jane Goodall souhaite démontrer que le microcrédit a plusieurs facettes. Presque tous les microcrédits accordés par l'Institut Jane Goodall sont fructueux. Selon l'organisation, 85 pour cent des prêts sont remboursés intégralement et à temps.
Reboisement
Bien que le microcrédit pour la préservation de la nature soit relativement nouveau, d'autres organisations y trouvent aussi leur compte. Un projet de conservation de la nature dans la forêt ougandaise de Budongo, où vivent plus de 600 chimpanzés, utilise des microcrédits pour la première fois depuis peu. Et d'autres projets vont bientôt être lancés en République démocratique du Congo.
Les environs de Gombe comptent d'innombrables pépinières. Certaines variétés d'arbres poussent vite et sont utilisées comme bois à brûler. Par conséquent, les femmes doivent moins se déplacer et les forêts sont ainsi conservées. D'autres variétés d'arbres sont utilisées pour le reboisement.
La nouvelle mesure du gouvernement tanzanien qui impose aux villageois de réserver 10 pour cent de leurs terres à la conservation de la nature est un pas dans la bonne direction. Une zone verte entoure le parc et deux couloirs le relient à d'autres domaines où vivent des singes. Goodall : “Il y a deux ans, j'avais vue sur des collines entièrement dépouillées. Aujourd'hui, des arbres de dix mètres les ont recouvertes. Tout est redevenu vert. J'en ai les larmes aux yeux. Notre approche fonctionne vraiment.”
Ne pas abandonner
Nous ne savons pas si les chimpanzés vont emprunter les corridors pour rejoindre leurs congénères. Ils y seront certainement contraints pour leur survie. “Nous construisons ces couloirs, il revient maintenant aux chimpanzés de faire ce dernier pas.”
Mais Jane Goodall ne compte pas s'arrêter là. Elle n'a pas du tout l'intention de jeter l'éponge car la survie de chimpanzés est toujours compromise par le commerce de la viande de brousse. La viande de singe, de serpent, de crocodile et d'autres espèces en danger de la jungle africaine est particulièrement populaire en Asie mais est également servie dans des restaurants chics aux Etats-Unis et en Europe. “Abandonner équivaudrait à ne pas s'inquiéter de l'avenir de nos petits-enfants”.
















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