Qui est Dobet Gnahoré ?
Dobet Gnahoré (1982) est une chanteuse, danseuse et percussionniste ivoirienne. Elle a crée trois albums :
Ano Neko (2004), Na Afriki (2007) et Djekpa la You (2010).
Elle est la premiere artiste ivoirienne à remporter un Grammy Awards (2010) pour la composition originale de Palea repris par la chanteuse India Arie.
Pourquoi avez-vous quitté la Côte d’Ivoire ?
J'ai quitté la Côte d'Ivoire en 1999, parce que je me suis mariée avec mon guitariste - le Français Colin Laroche de Féline - avec qui j’ai travaillé. J'étais enceinte et très malade, donc on est allé en France. J'avais un gros paludisme et l'enfant souffrait.
On avait envie de retourner a Abidjan après l'accouchement. C'était l'époque où on sentait les choses qui allaient venir, mais il y avait encore cette belle énergie de la Côte d'Ivoire qui ne donnait pas l'envie de partir, de quitter ce pays. Puis, politiquement ça s'est mal passé pour la Côte d'Ivoire, jusqu'à aujourd'hui.
Moi, j'ai accouché, j'ai fait pas mal de belles rencontres avec des artistes en France, j'ai sorti trois albums. On a pas mal tourné. Depuis, je suis retournée chaque année ou tous les deux ans pour voir la famille, pour faire des concerts.
Vous connaissez la situation actuelle du pays ?
J'appelle mes parents tous les jours, surtout ma mère et mes frères. C'est très dur. Ma mère me disait que ce n’est pas comme avant. Faire les courses, trainer une heure ou deux, ce n'est plus possible. Tu rentres vite à la maison. Tu te barricades.
Ma mère me dit qu'il y a pas mal d'assaillants, des gens armés, des jeunes, des bandits qui se baladent dans les rues. Elle a vu des trous de balles dans les murs partout. Elle n’a pas reconnu le pays.
Qu’en est-il de la division des Ivoiriens ?
Depuis la mort de Félix Houphouët-Boigny en 1993, chacun veut prendre la bonne part du gâteau. La division s’est créée en dix ans. Il y a tellement de manipulations au niveau des paroles, au niveau des actes.
On a des amis en commun qui viennent du nord et du sud. Je viens d’un village pan africain où j’ai évolué musicalement. Je connais depuis dix ans les idées politiques de chacun de mes amis, des idées qui avec le temps se dégradent ou se confirment.
Qu’est-ce qu’il faut pour que les gens soient heureux ? Quand tu leur donnes la possibilité d’être heureux. Il faut les réunir, donner du travail aux gens, à chacun. Il ne faut pas dire : Nous sommes du nord, on va avoir plus que les gens du sud, parce que pendant dix ans les gens du sud nous ont dénigrés.
Vous venez d'être élue à la présidence de votre pays, la Côte d’Ivoire. Quelle est votre première priorité ?
La première chose serait l’école, vite reconstruire les écoles. Et puis faire en sorte qu’il y ait plusieurs métiers pour que tout le monde puisse s’en sortir, ait du travail. Il faut mettre les enfants à l’école pour que l’Afrique se construise via eux.
Mais on voit déjà que chaque année les choses évoluent. Avec internet, les gens ne sont plus trop illettrés, ils ont envie d'évoluer, envie de lire. L’Afrique a envie d’évoluer. Donc ce serait bien que la Côte d'Ivoire aussi s'y mette.
Peut-être que d'ici six mois les choses vont aller, puisque apparemment celui qui est au pouvoir, le président actuel Alassane Ouattara, a l'air d'être quelqu’un de confiant, de qui on peut peut-être espérer pas mal de bonnes choses au niveau de l’éducation et de la santé.
Qu’est-ce qui vous fait rire, quand vous pensez à l’Afrique ?
Les parfums, la musique et l’ambiance d’un pays. Je pense que le continent africain en lui-même il a perdu beaucoup de sa richesse. Mais il garde quelque chose que je ne trouve pas ailleurs. C’est l’amour de la
vie.
Je vie dans les Ardennes en France. Quand je suis là, je pense aux rires de mes frères, aux parfums de la maison ou d’un autre pays, le Mali. Des enfants qui crient, qui courent derrière la mer, des choses comme ça…
Etant vous-même une icone, qui est votre icone à vous ?
J’en ai beaucoup. Je suis vraiment très attirée par l’Afrique tribale, les voix pygmées, les vieilles dames qui chantent dans les champs. J’aime aussi Miriam Makeba, Angélique Kidjo, Salif Keita avec sa voix pure et sa personnalité simple que j’aime chez lui. J’ai toute la musique de partout où je voyage sur mon iPod.
Vous êtes satisfaite de votre carrière jusqu'à aujourd’hui ?
Oui, je suis contente. J’espère pouvoir continuer longtemps, faire encore beaucoup d’albums. Parfois j’aimerais avoir une plus belle voix et danser beaucoup mieux. J’aspire à quelque chose de mieux, à beaucoup plus que je suis. Mais bon, je ne peux pas me changer.















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