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vendredi 24 mai  
Moez Ali et Ayuen Panchol, deux blogueurs du Soudan et du Soudan du Sud
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Hilversum, Pays-Bas
Hilversum, Pays-Bas

Indépendance du Soudan du Sud : la parole aux blogueurs

Publié le : 9 juillet 2012 - 3:30pm | Par Mirjam van den Berg (Photo : Mirjam van den Berg)
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Le point de vue de la diaspora

Radio Nederland à demandé à deux Soudanais du Sud vivant aux Pays-Bas s’ils pensent que l’indépendance de leur pays en valait la peine.

Santo Deng, radiologiste et président du Forum de la diaspora pour le développement :
"Nous avons notre propre nation, c’est maintenant "chez nous". Notre indépendance est une chose dont nous pouvons être fiers. Mais si nous ratons, nous ne pouvons nous en prendre qu’à nous-mêmes. Au cours de l’année passée, nous avons connu plus de liberté. On peut maintenant critiquer le président, la corruption et la lenteur du développement sans se faire arrêter. Ça prend du temps de construire une nation. Vous répondrez peut-être que le Soudan du Sud est indépendant depuis 2005? Mais le Soudan était encore responsable, même les hommes politiques du Soudan du Sud dépendaient du Soudan, ce qui maintenait une forme de corruption. Nous n’avons hérité de rien : ni d’infrastructures, ni de mécanismes de contrôle. Il est temps de changer ça".

Laura Nunu Siya, chercheuse dans le domaine de la santé publique :
"Notre indépendance en valait vraiment la peine. Cela ne veut pas dire que tous les problèmes ont disparu, mais je crois qu’ils vont se réduire. Il y a maintenant plus de transparence et les gens peuvent parler de ce qui va bien et de ce qui va mal. Surtout dans les villes, vous voyez qu’il y a du développement. Cela dit, le Soudan du Sud n’est pas une grande famille unie. Nous semblons unis car tous les Soudanais du Sud sont contre le Soudan, mais si vous grattez un peu, vous trouverez des conflits entre les divers groupes ethniques. Et si on ne remédie pas à ça, le pays risque d’imploser".

Réputés pour leurs remarques tranchantes et leurs observations futées, les blogueurs Ayuen Panchol, du Soudan du Sud et vivant à Nairobi, et Moez Ali, du Soudan et résidant au Qatar, réagissent par Skype à quelques assertions et débattent de l’état actuel de leurs deux pays.

L’indépendance est avantageuse pour les deux Soudans
Moez Ali : "D’un point de vue soudanais, le Soudan ne tire pas d’avantages de l’indépendance du Soudan du Sud. Principalement parce que le gouvernement soudanais n’avait pas anticipé la sécession. Le Soudan se retrouve avec un énorme déficit budgétaire. Il y a peut-être moins de territoire et moins de population à gouverner, mais cela n’a rien facilité, comme l’ont prouvé les récentes manifestations."

Ayen Panchol : "Mois, je pense que c’est une bonne chose que le Soudan du Sud ne fasse plus partie du Soudan. Nous sommes maintenant libres du point de vue politique et économique et c’est une bonne base pour reconstruire notre pays. Mais cela dit, très peu de choses ont été réalisées l’année passée. Il serait bon d’avoir plus d’intervention extérieure pour aller plus vite. Mais seulement s’il y a un but précis. Dans le cas de la MINUSS (Mission des Nations unies au Soudan du sud - ndlr), je me demande vraiment ce qu’ils font là".

Les Soudanais du sud ne prennent pas la responsabilité de leur propre développement
Ayuen Panchol : "C’est sûr que les Soudanais du Sud ont du mal à se développer eux-mêmes. Quand vous allez à Juba, la plupart des gens boivent du thé et jouent aux dominos. Ils sont peu nombreux à faire de vrais efforts pour améliorer leur pays".

Moez Ali : "Je suis d’accord. Le Soudan du Sud a un gouvernement militaire, comme nous avons dans le Nord. Et jusque là, il n’a pas réussi à transformer un mouvement rebelle en un vrai gouvernement. Le gouvernement n’a fait que développer l’armée et garantir sa propre sécurité. Parallèlement, des gens ‘ordinaires’ tentent de reconstruire le pays. Mais avec des problèmes comme la pauvreté, la famine, les maladies, les conflits ethniques et la corruption, ça va prendre du temps. Mais bon, regardez n’importe quel pays qui vient d’accéder à l'indépendance, qu’est-ce qu’il a atteint en un an ? Et il ne faut pas oublier que le Soudan du Sud est devenu indépendant d’un pays du Tiers monde. C’est une situation totalement différente d’un pays qui, comme le Ghana par exemple, est devenu indépendant d’une superpuissance industrielle".

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La diaspora critique tout, mais ne fait rien
Ayuen Panchol : "Intéressant. C’est vrai que beaucoup de gens ont quitté le pays et critiquent tout, mais font très peu pour soutenir les gens restés au pays. En ce qui me concerne, je voyage entre Nairobi et le Soudan du Sud comme journaliste et j’écris sur le pays. Je vais probablement déménager au Soudan du Sud l’année prochaine et donc je me perçois vraiment comme faisant partie du développement".

Moez Ali :
"C’est vrai. Quand vous êtes loin de votre pays, vous ne faites que parler. Mais quand vous êtes au pays et que vous faites quelque chose qui ne plait pas au gouvernement, on vous fait taire. Et en général, le gouvernement n’apprécie que les choses qui lui sont utiles. En conséquence, beaucoup de gens quittent le pays en quête d’un endroit plus agréable. Après l’accord de paix de 2005, beaucoup de gens sont rentrés dans l’espoir que le pays changerait. Mais je pense que nous sommes de retour à la case départ. Je ne pense pas pouvoir apporter quelque chose au Soudan à ce moment précis. Je pense qu’il est mieux que je me fasse plus d’expérience à l’étranger avant de retourner. Mais parallèlement, j’écris mon blog et j’essaye de proposer aux gens une autre vision du pays."

Si les blogueurs veulent vraiment contribuer au débat, ils doivent entrer dans la politique

Ayuen Panchol : "Nous informons, nous provoquons et nous éduquons le monde sur ce qui se passe au pays. Donc je pense que nous sommes de la partie. Provoquer n’est peut-être pas la même chose que construire, mais c’est utile. Peu de gens hors du Soudan du Sud savent ce qu’il s’y passe réellement. Donc quand on écrit quelque chose, ça peut inspirer quelqu’un de passer à l’action."

Moez Ali : "Je ne pense pas qu’entrer dans la politique soit d’une quelconque utilité. Les politiciens ne sont pas très efficaces. Ils promettent des choses, mais ne produisent rien. La politique est une question de gouvernance d’un pays et je crois que tout le monde devrait savoir qui gouverne le pays. Mais il y a d’autres manières de contribuer à son pays et je pense que ça aide de bloguer, car ça explique les choses. Cela m’a aussi permis de voir les affaires actuelles d’une manière différente. J’essaye d’informer les gens. Et je suis sûr que je ferais un mauvais homme politique".
 

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