Plus de 250.000 d'Ethiopiens sont menacés de graves inondations le mois prochain, alors que de fortes pluies sont attendues. Environ 12,000 personnes ont dû fuir des inondations la semaine dernière, selon l'ONU. Ce fléau constitue aussi une menace pour l'économie du pays, basée sur l'agriculture.
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La rivière Dechatu, en Ethiopie, constitue une menace pour les habitants qui vivent sur ses rives. Mais elle offre aussi des opportunités. "Si nous l’utilisons correctement, elle est importante pour notre vie, dit un riverain. Sinon, elle va nous détruire."
Luc van Kemenade
Les champs d’Abdullah Moussa sont marécageux. Alors qu’il parcourt son champ d’orangers dans le village de Gende Ada, situé à proximité de la ville de Dire Dawa, ses tongs s’enfoncent dans la boue.
| Avant les inondations de 2006, les cultivateurs de Dire Dawa attendaient tout simplement l’arrivée des pluies. Le sorgo était le principal produit agricole qu’ils cultivaient. Ils récoltaient environ 500 kilos par an, tout juste assez pour nourrir leurs familles.
La région a vu de nombreux changements ces quatre dernières années. Outre els efforts pour contrôler la rivière Dechatu et maîtriser l’éorsion du Mont Babo, les cultivateurs ont été formés pour rendre leurs affaires plus professionnelles, protéger leur environnement et utiliser la totalité de son potentiel. ''Nous nous préparons à la troisième récolte cette année'', dit Abdullah. Aujourd’hui les cultivateurs de Gende Ada arrosent et fertilisent leurs champs grâce à la rivière. Ils vont récolter environ 3.000 kilos à chaque fois. Outre le sorgo, ils cultivent le blé, le sésame et les oranges. ''Le sésame est mon principal produit agricole et ma principale source de revenus, dit Abdullah. Ce n’est plus uniquement pour survivre. Ça me rapporte aussio de l’argent''. |
Il a plu récemment dans les régions montagneuses, ce qui a entraîné une crue subite en direction du village. Abdullah compte beaucoup sur ces eaux accidentelles : elles offrent une chance unique d’arroser ses champs.
Pour en tirer le plus de profit, il a creusé une simple rigole, qui draine l’eau de pluie de la rivière à ses champs. "Après une crue subite comme celle-ci, mes produits agricoles peuvent survivre quinze jours sans eau", dit-il.
Mais la Dechatu n’est pas toujours aussi utile. En août 2006, elle a révélé sa face destructrice. De fortes chutes de pluie dans les régions montagneuse ont rempli la rivière habituellement sèche. En pleine nuit, elles ont ravagé le village, tuant des centaines d’habitants.
Mauvaises odeurs
"On pouvait sentir les odeurs", se rappelle Abdullah. Il était, cette nuit-là, en train de travailler dans son champ avec plusieurs voisins. "Quand une grave inondation est sur le point d’arriver, les mauvaises odeurs des terres fertiles emplissent l’air avant l’arrivée de l’eau."
Dès que les cultivateurs se sont rendu compte de ce qui allait se passer, ils se sont réfugiés en courant en des lieux plus élevés. Du Mont Babo, une montagne qui surplombe leur village, ils ont tenté d’avertir leurs familles endormies en lançant des pierres sur les toits en tôle de leurs maisons. "Les gens se sont réveillés, se souvient Abdullah. Mais très vite on a vu l’eau surgir des collines et se diriger vers le village". Sa famille a réussi à fuir, à l’inverse de nombreux autres villageois.
Le désastre a traumatisé Gende Ada, mais les villageois ont montré une grande faculté de récupération. Ils ont refusé de déménager, comme l’avait suggéré le gouvernement éthiopien. Au lieu de s’en aller, ils ont pris conscience qu’il était temps de dompter la "rivière Lion", comme l’appelle Abdullah.
Assis chez lui, il discute avec d’autres cultivateurs des conditions climatiques de Dire Dawa. La saison des pluies a changé, disent-ils. Les pluies commencent plus tard et le temps est capricieux : "Soit c’est vraiment sec, soit on est emporté par les eaux".
"Mont sacré"
Abdullah se souvient qu’autrefois les montagnes étaient boisées. Les arbres protégeaient habituellement les villages des glissements de terre. Ils absorbaient la pluie, empêchant les quatre rivières montagneuses de déborder avant de confluer avec la Dechatu (ce qui, en Oromifa, la langue locale, signifie "se réunir").
Abdullah enlève son fez et dit : "Vous voyez mon crâne tout chauve ? Qu’est-ce qui se passe si vous jetez dessus un verre d’eau ? L’eau s’écoulera aussitôt. Ce que j’essaie de dire, c’est que nos montagnes ont besoin d’être boisées."
Avec l’aide de la JeCCDO, une ONG locale, les habitants de Gende Ada et d’autres régions affectées de Dire Dawa ont changé leurs habitudes et leur habitat. Ils ont, par exemple, construit des terrasses sur le Mont Babo.
Les terrasses empêchent la pluie, les rochers et la boue de descendre, mais fertilisent aussi les collines. La végétation ainsi que la faune et la flore qui avaient disparu sont récemment revenues. Le Mont Babo est presque "sacré" actuellement. C’est une source de médicaments locaux et fournit des herbes pour nourrir le bétail.
Système d’alarme
Pour préparer les habitants aux inondations, un système d’avertissement a été mis en place. Quand il y a des averses dans les montagnes, les habitants des hauteurs avertissent leurs voisins. En retour, ils reçoivent des plantes et des semences des cultivateurs des villages.
Abrahim Hassani est l’un de ces habitants des hauteurs. "A chaque fois qu’il pleut, je prends mon téléphone et j’appelle Abdullah, dit-il. S’il ne pleut pas beaucoup, je luis dis d’utiliser l’eau pour ses champs".
Mais quand les habitants des hauteurs appellent d’endroits différents, il est temps d’entrer en action. La police et les autorités locales sont alors averties. Les sirènes se mettent en marche à travers toute la ville et des coups de feu sont tirés. Les habitants sont alors immédiatement évacués.
Selon les cultivateurs, il est impossible de maîtriser entièrement la rivière Dechatu. Mais avec la mise en place du système d’alarme, sa conduite est devenue un peu moins imprévisible. "Aujourd’hui, nous sauvons des vies", dit Abdullah.
Ce reportage a pu être realise grâce au soutien financier de la Postcode Loterij Fonds de Freevoice




















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