L'exploitation minière illégale au Ghana a pris une nouvelle tournure avec l'apparition de hordes de Chinois dans les districts d'Adansi et d'Amansie, dans l'ouest du pays. Leurs activités ont contribué à la destruction de l'environnement et des exploitations agricoles, mais c'est surtout l'utilisation d'armes par les Chinois pour défendre leurs opérations qui est désormais un sujet de préoccupation.
Par Francis Kokutse, Manso-Nkwanta
"C'est comme si le Ghana était devenu le nouvel El Dorado d'Afrique, car dans mon dernier vol qui me ramenait de Shanghaï il y avait beaucoup de Chinois qui partaient pour le Ghana. Lorsque j'ai demandé à beaucoup d'entre eux ce qu'ils venaient y faire, ils m'ont dit qu'ils allaient à Obuasi et nous savons tous ce que cela signifie au Ghana", déclare Frank Agyekum, porte-parole de l'ancien président John Agyekum Kufuor. C’est lui qui a accompagné ce dernier en Chine pour prendre part à un forum sur l'Afrique.
Activités illégales
La ville d’Obuasi, qui se trouve dans le district d'Adansi et qui est limitrophe avec la région d'Amansie, en pays Ashanti, est bien connue pour son or, car elle possède la plus grande mine de ce pays, exploitée par le géant minier Anglo Gold Ashanti (AGA). Elle dispose également d'un grand nombre de mineurs illégaux, que le gouvernement a du mal à contrôler. L'apparition des Chinois avec un équipement très sophistiqué a entraîné la recrudescence des activités illégales dans la région.
Des responsables de l'AGA, qui requièrent l'anonymat, confient à RWN que "les activités des Chinois ont des conséquences désastreuses sur nos opérations. Ils ont fait équipe avec les habitants et utilisent des machines sophistiquées sur nos concessions. Ils ont même recruté des agents de sécurité pour protéger leurs travailleurs contre toute arrestation par la sécurité de l'AGA."
Malheureusement, le gouvernement semble avoir fermé les yeux sur cette situation. Contactés par RNW, les responsables du ministère des Domaines et des Ressources naturelles se refusent à tout commentaire, certains d'entre eux se bornant seulement à dire que "la question est maintenant au-dessus du ministère". Certains détracteurs du gouvernement attribuent ce phénomène à un récent prêt de 3 milliards de dollars que la Banque chinoise de développement (CDB) a accordé au gouvernement d’Accra.
Les militants écologistes estiment que l'exploitation minière illégale par les Chinois a contribué à détruire les forêts et l'environnement dans les districts d'Adansi et d'Amansie-Ouest. Ce n'est pas seulement les villages autour de la ville minière d'Obuasi, dans la région Ashanti, que les Chinois ont trouvé une destination. On les retrouve notamment dans les villages de Manso-Nkwanta. Le chef de l'exécutif du district d'Amansie-Ouest (responsable politique du district), Charles Oti-Prempeh, confie à RNW que "l'invasion du district par les Chinois est préoccupante. C'est devenu un problème et le Secrétariat à la sécurité nationale a repris les enquêtes sur leurs activités".
Etalage de richesses
Leur présence constitue également une menace pour la sécurité pour diverses raisons. D'aucuns les détestent pour la richesse qu'ils affichent, et ce grâce à l'or illégalement exploité dans la région. Alors que certains militants locaux sont préoccupés par la destruction de l'environnement qu'ils provoquent et veulent se faire justice à eux-mêmes, d'autres s'en sont également pris à eux pour la richesse dont ils font étalage.
Le 19 Juillet, la police de Manso-Nkwanta a dû intervenir pour empêcher un violent affrontement avec certains parmi ceux qui voulaient déloger les Chinois afin qu'ils cessent d'opérer dans la zone. Des coups de feu ont été entendus pendant que je faisais le tour de la ville et le chef de la police du district d'Amansie-Ouest, Stephen Kwakye, a avoué que des mineurs chinois ont tiré des coups de feu pour disperser un groupe de jeunes de la ville qui avaient tenté de les empêcher de se livrer à leurs activités minières illégales. "Nous avons récupéré un fusil à pompe et deux fusils à canon des Chinois", a-t-il ajouté.
De nombreux habitants ont dû fuir la ville, de peur d'être attaqués par des Chinois en colère. Ils ont cependant juré de se battre jusqu'à ce que les Chinois soient chassés de la région parce que leurs activités ne sont pas dans leur intérêt.
Kwakye confie à RWN qu'un "certain nombre de Chinois ont été arrêtés et font l'objet d'une enquête à l'effet de savoir comment ils ont obtenu la terre et les licences d'exploitation minière avant d'opérer dans la zone". En juin dernier, environ sept Chinois ont été arrêtés pour l'exploitation minière illégale dans le district. Et Kwakye d'affirmer : "Nous les avons envoyés à Kumasi, (la capitale régionale Ashanti) pour d'autres investigations mais ils ont été libérés sous caution".
Collaboration
Ceci se passait après l'attaque perpétrée par un groupe de voleurs armés contre des Chinois à Manso-Nkwanta et qui aurait entraîné la mort de l'un d'eux. La police d'Amansie-Ouest affirme que les voleurs ont emporté plusieurs articles y compris des liquidités, des téléphones portables ainsi que quelques pépites d'or. Un incident similaire a également été signalé à Fiankoba dans le district. "Les gens ont pris pour cible les Chinois qui s'étaient engagés dans l'exploitation minière illégale à cause de la richesse qu'ils exhibent. Ils roulent dans des voitures de luxe et vous les trouvez autour de Kowewaso, Akutoase, Manso-Mpatasie et Fiankoba, tous les villages de la région où ils ont établi des camps", déclare Adu Yeboah, un jeune militant à Manso-Nkwanta.
"Nous sommes inquiets parce qu'ils ne viennent pas seulement pour s'installer dans cette région qui est loin de la capitale, ils ont été amenés par des gens de chez nous et il y a aussi une certaine collaboration entre eux et les chefs qui leur vendent des terres. Ce sont les mêmes chefs qui semblent leur fournir une protection afin qu'ils s'engagent dans des actes illicites", ajoute-t-il.
L'un des Chinois, Li Wen, se demande au micro de RNW "comment on peut dire que nous opérons dans l'illégalité. Nous avons acheté le terrain et nous sommes détenteurs du permis requis pour l'exploitation minière. Tout ce que nous faisons ici est convenable et ce n'est pas vrai que nous sommes des criminels." Pressé de montrer les permis, il rétorque : "Nous sommes prêts à le montrer aux autorités compétentes."













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