La jeune chanteuse et guitariste malienne Fatoumata Diawara (1982) a peur. Et avec elle tous les musiciens du Mali, pays en crise depuis la conquête du nord par des rebelles au mois d’avril. Interview lors d’une visite de la musicienne aux Pays-Bas.
”La situation au Mali est très, très, très triste, pour ne pas dire horrible. Nous ne connaissons pas ça. Le Mali est un pays très pacifique, très généreux dans l’accueil des gens. C’est un pays culturellement très, très forte, humble et conservateur dans toutes ses valeurs.”
”C’était un pays exemple jusqu’à il y a quelques mois. On est tellement surpris qu’on ne sait pas quoi faire. Moi je ne réalise pas encore qu’il s’agit du Mali. Quand j’entends les infos je dis : Non, ce n’est pas chez moi. C’est ailleurs. Ce n’est pas chez moi.”
”Et je ne suis pas seule ! Je discute avec Oumou Sangaré, Cheikh Tidiane, Toumani Diabaté, Bassekou Kouyaté, tous les artistes en parlent. On prie que la situation s’améliore dans le futur pour pouvoir enfin chanter ça. Que ça passe vite. Mais comment cela peut passer vite? C’est tellement grave. On ne sait pas par où commencer.”
Connaissez-vous des habitants du nord qui se sont révoltés ?
”Je ne les connais pas parce que c’est une minorité. On a plein de famille là-bas, au nord du Mali. C’est le même pays. Moi je chante la même musique. Dans ma musique tu retrouves des sonorités berbères. Je suis une berbère mais noire, plus foncée, c’est tout.”
”Ce qui est dommage qu’il y a des étrangers qui se sont alliés à des gens qui nous abîment l’histoire. L’histoire est devenue compliqué à cause de peu de berbères qui étaient armés et qui ont foutu autant de merde. Cette merde ils vont le subir eux aussi.”
”Dans le nord il n’y a pas d’aide humanitaire. La vie est déjà très difficile. Les habitants qui ont une vie de nomade survivent chaque jour. Il y a des enfants et des femmes qui se font violer chaque jour pour des conneries de quelques hommes.”
Votre famille, vos amis au Mali vont comment ?
"Tout le monde a peur. On a peur. Donc on va voir. Il y a une frustration. Il y a beaucoup d’inquiétude. Enormément."
Qu’est-ce que vous pouvez faire ? En tant que musicienne ?
"Je patiente un peu. On attend jusqu’à la situation politique soit réglée. Tant que ce n’est pas réglé, qu’est-ce que je vais raconter ? Dire aux putschistes : Allez y ? Dire aux islamistes de partir ? J’ai envie de chanter du futur."
Chanter la paix ?
”Je chante déjà la paix. Je chante que c’est avec la force qu’on pourra s’en sortir. Mais aujourd’hui je me rende compte que cela ne suffit pas. C’est trop compliqué ce qui se passe. Toumani est là-bas, Oumou, Bassekou, tous les grands chanteurs du Mali sont encore au Mali.”
”Ils soutiennent le peuple mais également ils essaient de comprendre ce qu’il se passe. De là, on fera un débat. On va voir ce qu’on peut faire musicalement. Nous en parlons. Il faut voir maintenant.”
”L’autre jour, dans mon spectacle il y avait un groupe de berbères qui sont venus me voir. Ils m’applaudissaient. J’ai failli pleurer sur scène. Il ne faut pas gâter le nom des berbères. Il y a des gens formidables aussi.”
Ecoutez Fatoumata Diawara, cliquez :
Dernier volet d'une série de quatre sur la situation dans le nord du Mali.














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