Al-Qaïda confirme la mort d'Oussama Ben Laden
Le réseau Al-Qaïda a confirmé vendredi la mort de son chef, Oussama Ben Laden, tué dimanche par un commando américain au Pakistan, dans un communiqué cité par le centre américain de surveillance des sites islamistes.
La décision du président des Etats-Unis Barack Obama de ne pas dévoiler les images de la liquidation d’Oussama Ben Laden a provoqué diverses réactions en Afrique. Des étudiants au Kenya, au Sénégal et au Botswana expriment leurs doutes à nos correspondants Bineta Diagne (Sénégal), Michael Kaloki (Kenya), Lotte Vermeij (Botswana).
"Les gens ont le droit de douter"
Un après-midi paisible à l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), un département de l’Université de Dakar, au Sénégal. Un moment de pause pendant un cours de zoologie des invertébrés. Assis autour d’une table, les yeux rivés sur les écrans d’ordinateurs portables, une dizaine d’étudiants lisent des documents, tandis que d’autres discutent de l’actualité. Pour Jean-Noël, qui se définit volontiers comme un "écologiste en herbe", cette décision de ne pas publier les photos de Ben Laden peut logiquement provoquer des doutes sur la véracité de son décès. "Les gens ont le droit de douter tant qu’on ne donne pas de preuves, comme des photos ou des enregistrements vidéo montrant le visage de Ben Laden", affirme cet étudiant.
Dubitatif, son collègue Tanguy estime que cette information "ne peut pas être fausse". "Le président des Etats-Unis ne peut pas prendre l’initiative de venir devant les médias, d’annoncer la mort de Ben Laden, alors que cela serait faux !", s’exclame-t-il. Cela relève plutôt d’une question de diplomatie, soutient Amadou Ndaw : "La chose est tellement sérieuse, que je pense qu’il y a des secrets ou des choses qu’ils ne veulent pas dévoiler par soucis de sauvegarde de leur suprématie", analyse-t-il.
L’islamologue Khadim Mbacké estime, pour sa part, que "les Américains refusent que la mort de Ben Laden soit un prétexte pour la recrudescence des actes d’Al-Qaïda". "On peut bien croire que cela serait le cas, si on révélait des images insoutenables… cela serait perçu comme une provocation", souligne ce professeur à l’Ifan.
"Que l’on mette fin au sujet Oussama"
"Je pense qu’il est très sage de ne pas montrer ces photos ", dit Douglas Sidialo. Sidialo est devenu aveugle lors de l’explosion d’une bombe à l’ambassade des Etats-Unis à Nairobi, capitable du Kenya, en août 1998. Cet attentat avait ensuite été directement lié à Al-Qaïda. Sidialo craint ce qui pourrait arriver si les photos étaient publiées. "Cela créera d’autres tensions. Je préfère que l’on mette fin au sujet Oussama le plus vite possible. Sinon cela engendrera d’autres fanatiques, car les gens vont l’idéaliser."
"Obama devrait dévoiler les images, car je pense que ça intéresse les gens. Il s’agit d’une question d’intérêt général. Il n’est pas question d’Obama, mais du monde entier", dit Phyllis Muchoki, étudiante à Nairobi. "Les gens veulent avoir la preuve qu’Oussama est mort. Si les images sont trop choquantes, il faudrait un accord parental pour les visionner. Ceux qui sont assez courageux peuvent les voir", ajoute-t-elle.
"Je ne crois pas que les images doivent être montrées. Si c’est l’opinion d’Obama, alors nous devons la respecter", dit Kiburi Wambi, étudiant au Nairobi College. "Obama nous a prouvé qu’Oussama pouvait être capturé. Oussama était un fugitif et il pensait que personne ne pouvait mettre la main sur lui."
George Nyongesa est un membre de "Bunge la Mwananchi", une phrase en swahili qui signifie "Le Parlement du peuple". Le groupe organise régulièrement des débats ouverts pour donner aux Kényans l’occasion de s’exprimer. "Je pense qu’il aurait été bien de dévoiler les photos, car cela aurait empêché toutes sortes de conspiration. Personne ne sait s’il était encore en vie, ou même s’il n’était pas un mythe ou une fiction. Alors les gens ont du mal à accepter le fait", dit George.
"Lorsque l’on exécute des condamnés à mort, on ne dévoile pas d’images", raconte Amboka Andere, un analyste politique vivant à Nairobi. "Je suis d’avis qu’Obama pensait plus au peuple américain qu’aux populations arabes lorsqu’il a pris cette décision. Il sait que lorsque les Américains sont en guerre, ils refusent de montrer des images d’Américains tués lors de combats".
"Il se cache encore quelque part"
La décision du président Obama de ne pas dévoiler les photos de la mort de Ben Laden a provoqué de vives discussions au Botswana. Alors que la population a d’abord réagi avec soulagement à l’annonce de la mort de Ben Laden, peu après le scepticisme a pris le dessus. Les gens se sont questionnés sur les circonstances de la liquidation de Ben Laden. "Nous ne croyons pas qu’il soit mort, il se cache encore quelque part. Nous ne pouvons pas croire à ces déclarations sans réelle preuve", dit un groupe d’étudiants de Francistown.
L’incrédulité que suscite la mort de Ben Laden semble avoir gagné l’opinion générale. M. Nkala (éditeur du journal botswanais Nmegi) explique pourquoi le Botswana n’est pas impressionné par la décision d’Obama : "Les gens veulent savoir la vérité, donc il faut montrer la preuve. Il est inacceptable de ne pas révéler ces photos, cela signifie que l’annonce de la mort de Ben Laden n’est pas crédible."
Suite à la décision d’Obama, des théories de conspiration prospèrent au Botswana. Plusieurs étudiants racontent : "Les gens discutent de plusieurs scénarios. Certains croient qu’Oussama est mort, d’autres pensent qu’il se cache encore et que les Américains ont voulu étouffer l’affaire rapidement car ils ont liquidé la mauvaise personne. Il y a même des spéculations selon lesquelles les Américains ont fait cela pour relancer leur économie. Mais que pouvons-nous dire ? Nous ne pouvons que spéculer et nous ne saurons peut-être jamais la vérité. "














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