En avant
Premier article d’une série hebdomadaire d’interviews de jeunes Kényans qui contribuent à développer leur pays de l’intérieur.
Le photographe et militant social Boniface Mwangi a beau n’avoir que 28 ans, les photos qu’il a prises durant les violences postélectorales au Kenya en 2007 l’ont rendu célèbre. Sa renommée va au-delà des frontières nationales et se répand dans d’autres formes d’art et d’activité. Entre des bâillements, des sourires et des arrêts pour jouer avec ses enfants, il a accordé récemment une interview à Radio Nederland Wereldomroep (RNW).
Je rencontre Mwangi, chez lui, dans un faubourg de Nairobi, assis sur un canapé. Il a l’air fatigué. Ses trois petits enfants courent à travers la maison, tandis que sa femme prépare le thé dans la cuisine. Mwangi vient d’une "famille désunie", comme il dit lui-même ; il a grandi dans un bidonville avec six frères et sœurs de six pères différents. Il estime que sa foi chrétienne l’a préservé de sombrer dans la criminalité. C’est l’œuvre du photographe Mohamed Amin sur la famine en Ethiopie et son impact à travers le monde qui a éveillé en lui sa passion pour la photographie. Cependant, ce sont les photos que Mwangi a faites des violences postélectorales au Kenya qui ont fait sa renommée.







J’ai été traumatisé après les violences postélectorales par ce qui s’était passé et parce que mon travail n’était pratiquement pas publié au Kenya. Il a seulement été publié à l’étranger. J’étais amer et frustré. Et après la fin des violences, on a oublié les victimes. Mais pour moi, les victimes étaient en vie, parce que je pouvais voir leurs photos et que ce que j’avais vu me revenait à la mémoire. J’ai alors décidé de renoncer à mon emploi de photographe pour un journal et de faire quelque chose là-dessus.
Vous avez décidé d’utiliser votre travail pour amener les gens à réfléchir à ce qui s’était passé. Vous avez fondé Picha Mtaani et vous avez voyagé à travers le pays en exposant les photos que vous avez prises des violences postélectorales. Comment, selon vous, une exposition d’œuvres d’art peut susciter des changements chez les gens ?
Le but des exposition Picha Mtaani était de guérir la nation. Des centaiens de milliers de personnes sont venues à ces expositions. En regardant les photos, les gens ont pu s’ouvrir et discuter. Nous avions l’exposition, nous avions des tentes où les gens pouvaient discuter et nous avions une assistance pour les victimes et les auteurs des crimes. Nous faisions signer aux gens une promesse de paix, ils s’engageaient à la non-violence. C’était donc très important pour le pays. Et cela m’a aidé à aborder mes propres traumatismes.
Quelques années plus tard, vous avez lancé Pawa254. Cette organisation à but non-lucratif a été derrière les graffiti qui ont été exposés dernièrement à Nairobi, montrant les hommes politiques comme des vautours et demandant des élections honnêtes. Le mois dernier, elle a organisé la Love Protest. Quelle est la dernière campagne ?
Nous venons de lancer la Ballot Revolution (révolution des urnes). Par le biais d’une campagne de t-shirts, nous voulons que les gens comprennent le pouvoir des élections. Si vous n’aimez pas quelqu’un, vous n’avez pas besoin de le frapper, vous ne le réélisez pas tout simplement. Si vous votez pour le bon candidat, vous votez pour un bon avenir. La difficulté, bien sûr, c’est qu’il n’y a pas de bons candidats, donc nous discutons actuellement des gens bien pour qu’ils se présentent. Mais le problème, c’est l’argent. Les gens qui ont des solutions pour ce pays n’ont pas d’argent pour faire campagne. Les gars avec plein d’argent vous soudoyent, mais ils n’ont pas de solutions. C’est tout simplement sale, la politique (au Kenya – ndlr).
Comment amener les gens à faire des changements ?
Les gens mêmes peuvent changer le système, les gens doivent prendre conscience du pouvoir qu’ils ont en votant. Et il faut leur donner une raison égoïste, c’est seulement à ce moment-là qu’ils seront disposés à changer les choses. En ce qui me concerne, je fais cela pour l’avenir de mes enfants.
Après tout le travail que vous avez fait, en essayant de guérir la nation par vos campagnes, comment réagisseriez-vous si la violence reprenait après les élections de l’année prochaine ?
J’y ai déjà pensé. J’ai peur d’avoir à nouveau le cœur brisé. Ce qui me préoccupe, c’est que nous avons tant de victimes à qui on n’a pas encore rendu justice. Il n’y a pas de justice ici, donc les gens veulent se venger. Ils sont très amers. C’est comme une bombe à retardement. Si on ne s’en occupe, cela constitue un sérieux danger pour ce pays.
Quel est l’avenir dont vous rêvez pour le Kenya ?
Je voudrais que le Kenya soit un pays sûr. J’aimerais que personne ne craigne d’être violé ou agressé. L’insécurité dans ce pays montre que le dysfonctionnement de notre système. Aussi longtemps que les gens auront faim, seront pauvres et traités injustement, la criminalité ne s’arrêtera pas.













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