Deuxième jour du méga procès de 11 trafiquants de mineurs aux Pays-Bas.
Des Africains, pour la plupart d´origine nigériane, sont accusés d’avoir recruté sous de faux prétextes des mineurs au Nigeria, des jeunes filles, mais aussi quelques hommes, pour les faire travailler dans la prostitution en Europe. Notre reporter Hélène Michaud s’est rendue sur place au tribunal de Zwolle.
Crâne rasé, chemisier à carreaux, chaussures en cuir blanc, démarche lente et décontractée plutôt "cool" : rien ne permet d’imaginer l’implication du principal accusé, le Nigérian Solomon O., 44 ans, dans le vaste réseau de trafic de mineurs qui a été démantelé en 2007 dans plusieurs pays européens, presque simultanément.
Solomon O. et son associé Gilbert H., 39 ans, se prévalent de leur droit de garder le silence et c’est donc le juge seul qui va devoir rappeler les faits, tirés en grande partie des conversations téléphoniques interceptées par la justice néerlandaise.
Liaisons aériennes
Gloria, Nancy, Ogogo, Vicky : si elles ont transité par les Pays-Bas, soutient le juge, c’est en partie en raison des liaisons aériennes directes entre les deux pays, mais aussi en raison du caractère "ouvert" des centres de détention pour les demandeurs d’asile mineurs. Une fois la procédure de demande d’asile entamée, il était assez facile aux jeunes filles de s’échapper des centres de détention où elles étaient relativement libres de leurs mouvements.
En l’espace d’un an, entre 2005 et 2006, 55 Nigérianes, dont 38 mineures, disparurent de ces centres. Leur disparition presque systématique et le scénario "standard" de leur arrivée aux Pays –Bas, sans passeport, lettre d’une organisation caritative non-existante en poche, alertent les autorités. L’opération secrète "Koolvis" est lancée, en collaboration avec les autorités nigérianes, françaises, belges, espagnoles, britanniques et américaines.
Maisons closes
Solomon O. et Gilbert H. sont dorénavant soumis à des écoutes téléphoniques. Le juge relate leurs nombreuses conversations codées au cours desquelles ils organisent le transfert des jeunes filles vers l’Italie, où elles seront accueillies par des "madames" : Nancy chez madame Aduseba, et Gloria chez madame Stella. Les jeunes filles sont forcées de travailler dans des maisons closes pour assurer le "remboursement" de leurs frais de voyage : entre 50.000 et 60.000 euros, précise le juge. Elles s´y étaient apparemment engagées au Nigeria dans le cadre de cérémonies de vaudou, où l’on prélevait cheveux, sang et ongles comme pour sceller l’entente.
Toujours aucun commentaire des deux prévenus, qui se contentent d' écouter attentivement le juge et l'interprète qui traduit du néerlandais vers l'anglais.
Le juge continue: bon nombre des jeunes filles trafiquées n’ont jamais été retracées. Parmi celles qui ont pu être retrouvées, souvent terrifiées, seules dix ont porté plainte contre leurs trafiquants, grâce à l’intervention d’un prêtre nigérian domicilié aux Pays-Bas qui les a encouragées à collaborer avec la justice. Une nouvelle loi néerlandaise permet en outre aux victimes du trafic d’êtres humains d’obtenir un permis de séjour en échange d’une déposition.
Trois autres accusés de moindre importance sont aussi appelés à la barre des témoins. Silence ici aussi: leurs avocats confirment leur absence. L'un deux, confirme son avocate, a disparu sans laisser de traces.
Dans les semaines qui suivent, les avocats de la défense, dit-on dans les coulisses, vont essayer de démontrer que ce révérend Moses Alagbe qui a convaincu les jeunes filles de porter plainte n’était pas "neutre" mais plutôt un instrument des autorités néerlandaises, et ainsi tenter de faire invalider les dépositions.
Les jeunes filles vont-elles accepter de témoigner contre leurs trafiquants ? Craignent-elles encore de croiser leur regard en entrant dans le tribunal ou lors du procès ? Jeudi, le témoignage de Josephine est attendu. Personne ne peut dire si elle osera se présenter. Une chose est presque certaine: Solomon O., qui quitte la salle du tribunal du même pas décontracté, l'air insouciant, continuera de garder le silence.

















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